Souvenirs qui passent

Homélie du dimanche 17 mai 2020 (Jn 14, 15-21)



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Évangile de Jésus Christ selon saint Jean


En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. » – Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


J’étais en classe de 8ème (comme on disait autrefois), revêtu d’un tablier bleu aux manches un peu trop longues. Avec mes camarades, nous étions assis dans la seule classe montée en amphithéâtre de ce bâtiment d’école vieux de deux siècles au moins. La maîtresse venue remplacer Mademoiselle Morvan était âgée. Elle me semblait bien austère en comparaison. Aussi m’étais-je réfugié sur l’un des bancs les plus en hauteur, priant Dieu que la vieille dame ne me remarque pas. Je revois encore son bout de craie tracer lentement sur le tableau vert ces quatre mots : “Demain, tout est gratuit.” Au point final, l’enseignante s’est retournée un peu vite, dans un accès de fierté. Cela n’a pas duré : je la voyais de plus en plus inquiète à l’idée qu’aucun élève réagisse. Ce que finit par faire Alexandra, probablement pour tirer d’embarras l’enseignante. “Madame, si c’est demain, c’est du futur qu’il faut mettre, pas du présent”. La petite a eu son moment de gloire. Pour ma part, quoique décidé à garder le silence, je regrettais que l’on retire à ce slogan d’épicerie son unique trait d’esprit. Voilà le drôle de souvenir qui me revient en méditant l’évangile de ce jour. J’imagine ma vieille institutrice reprendre froidement Jésus pour ses erreurs de conjugaison… Jésus, en effet, proclame la venue prochaine de l’Esprit, ce “Défenseur qui sera pour toujours avec nous”. Bien des promesses accompagnent la venue du Paraclet : “Je ne vous laisserai pas orphelins”, “Je prierai le Père”, “Vous me verrez”, “Je me manifesterai”... Autant de futurs aussitôt suivis de verbes conjugués au présent : “Vous connaissez l’Esprit”, “L’Esprit demeure auprès de vous”. Et surtout... “Je viens” ! Non pas “Je reviens”, comme il est écrit dans la traduction liturgique, trop attachée à la concordance des temps, mais “Je viens”. Recevons donc la Parole de Jésus comme elle est, avec son génie propre, avec son trait d’esprit, en l'occurrence avec sa discordance des temps. Dans notre expérience quotidienne, jamais nous n’avons aujourd’hui ce qu’un autre nous donnera demain. Jamais nous ne voyons venir à nous celui que nous savons sur le point de nous quitter. Avoir et attendre, venir et partir s’excluent. Et c’est ainsi malheureusement que nous appréhendons l’Ascension et la Pentecôte : à l’Ascension, il part ; à la Pentecôte, il vient. Comme il nous arrive de vivre consécutivement pertes et retrouvailles, nous projetons sur Dieu nos habitudes. Mais en Dieu, c’est dif