La voix de l'espérance

Homélie du mercredi 30 mars 2022 (Is 49, 8-15)




Lecture du livre du prophète Isaïe


Ainsi parle le Seigneur :

Au temps favorable, je t’ai exaucé,

au jour du salut, je t’ai secouru.

Je t’ai façonné, établi,

pour que tu sois l’alliance du peuple,

pour relever le pays,

restituer les héritages dévastés

et dire aux prisonniers : « Sortez » !

aux captifs des ténèbres : « Montrez-vous » !

Au long des routes, ils pourront paître ;

sur les hauteurs dénudées seront leurs pâturages.

Ils n’auront ni faim ni soif ;

le vent brûlant et le soleil ne les frapperont plus.

Lui, plein de compassion, les guidera,

les conduira vers les eaux vives.

De toutes mes montagnes, je ferai un chemin,

et ma route sera rehaussée.


Les voici : ils viennent de loin,

les uns du nord et du couchant,

les autres des terres du sud.

Cieux, criez de joie ! Terre, exulte !

Montagnes, éclatez en cris de joie !

Car le Seigneur console son peuple ;

de ses pauvres, il a compassion.


Jérusalem disait :

« Le Seigneur m’a abandonnée,

mon Seigneur m’a oubliée. »

Une femme peut-elle oublier son nourrisson,

ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ?

Même si elle l’oubliait,

moi, je ne t’oublierai pas.


– Parole du Seigneur.



Homélie


Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne l’oublierai pas. Oracle de Yahvé.


Ce passage du livre d’Isaïe est magnifique. Il a été écrit dans un contexte de désolation. Le pays a été dévasté. Le temple a été détruit. La famille royale a été tuée. Les populations sont exilées. Et cela fait cinquante ans que ce drame a eu lieu. A Jérusalem, il n’y a que la mort et les décombres. Tous répètent : “Dieu nous a abandonnés. Dieu nous a oubliés".


Et puis, il y a cette voix qui se lève. Isaïe. Cet homme a gardé la foi. C’est peut-être le seul. Isaïe se souvient de l’Alliance que Dieu a scellée avec son peuple : “Vous serez mon peuple, je serai votre Dieu. Jamais je ne vous abandonnerai”... Même si tout va mal autour de lui, Isaïe choisit de donner sa confiance au Seigneur, de croire en sa promesse.


Et dans la foulée, il entreprend de consoler son peuple et de lui rendre l’espérance. Pour lui parler, il a trouvé cette image incroyable, celle de la tendresse des mamans pour leurs bébés : “Une mère oublierait-elle son propre enfant, moi, je ne t'oublierai pas dit le Seigneur”.


La figure d’Isaïe doit nous inspirer. Nous aussi, nous vivons dans un monde où tout semble aller mal. Autour de nous, on entend parler de guerres, de famines et d’épidémies. Ce serait si facile pour nous de suivre le mouvement, de nous lamenter à notre tour jusqu’à tomber en dépression… Isaïe est d’une autre trempe. Sa force d’âme le conduit à être, au cœur du monde, celui qui croit en l’avenir, celui qui espère.


Prenons très au sérieux cet appel de Dieu à être prophètes d’espérance. Si les chrétiens ne redonnent pas de l’espérance au monde, qui le fera ? Nous seuls savons que le Christ a vaincu la mort et le péché. Nous savons que la victoire est assurée. Nous seuls pouvons vivre aujourd’hui en hommes déjà ressuscités. C’est donc à nous de redonner au monde la foi et l’espérance qui lui manquent.


Vous savez, au bout du compte, seuls resteront debout ceux qui ont l’espérance chevillée au corps. Ceux qui ne croient plus en l’avenir s’épuisent, leur culture de mort les tue à petit feu et les emporte comme le vent dégage la poussière. A l’inverse, ceux qui espèrent transmettent leur goût de vivre, leur foi contagieuse et leur vision du monde. Ce sont eux qui construisent le monde de demain. Pas les premiers.


C’est ce que dit Saint Paul dans sa lettre aux Romains quand il écrit : celui qui “espère contre toute espérance [...] devient le père d’un grand nombre de nations” (Rm 4, 18). Le relèvement de la foi chrétienne en Occident passera, je crois, par la propagation de cette espérance contagieuse.


Comme le dit le Seigneur dans le livre du Deutéronome : “Je prends aujourd’hui à témoins contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction, [l’espérance ou la désespérance]. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c’est là que se trouve ta vie” (Dt 30, 19-20).


Amen.

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