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Venu pour remplir

Homélie du mercredi 15 mars 2023 (Mt 5, 17-19)




Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu


En ce temps-là,

Jésus disait à ses disciples :

« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes :

je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.

Amen, je vous le dis :

Avant que le ciel et la terre disparaissent,

pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi

jusqu’à ce que tout se réalise.

Donc, celui qui rejettera

un seul de ces plus petits commandements,

et qui enseignera aux hommes à faire ainsi,

sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux.

Mais celui qui les observera et les enseignera,

celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


Quand Jésus dit “Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes”, il ne parle pas d’abord des commandements du Seigneur. La Loi et les Prophètes, c’est l’histoire qui se déroule entre Dieu et l’humanité, depuis Abraham jusqu’à Jean-Baptiste. C’est toute l’histoire des hommes, depuis qu’un petit peuple - insignifiant au regard des hommes - est devenu le plus grand peuple de l’Histoire car il s’est épris du Dieu unique et a marché sur ses chemins.


“Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes”, c’est un avertissement qui s’adresse à ceux qui pourraient penser que toute cette histoire qui nous précède n’a plus beaucoup de poids ou d’intérêt, maintenant que Dieu s’est révélé en plénitude en la personne de Jésus-Christ. L’histoire de la rencontre entre Dieu et les hommes est et restera toujours l’histoire du peuple d’Israël.


C’est cette histoire que Jésus ne veut pas “détruire” : il ne veut pas en déchirer l’unité, il ne veut pas introduire de rupture dans l’Alliance que Dieu a inaugurée avec Israël et qu’il a scellée, à travers eux, avec toute l’humanité.


“Je ne suis pas venu abolir mais accomplir.” Nous aurions pu traduire : “Je ne suis pas venu détruire mais remplir”. Je ne suis pas venu détruire votre histoire, faire table rase du passé et construire quelque chose de complètement nouveau. Non, je suis venu pour prendre avec moi votre histoire et ses blessures, et la “remplir”, c’est-à-dire la transfigurer de l’intérieur, lui donner tout son sens et sa fécondité.


En d’autres termes, Jésus ne nous donne pas accès à la vie divine sans nous réconcilier avec notre condition - qui est pauvre - et notre histoire - qui est abîmée. Saint Paul l’a bien compris, lui qui disait que la force de Dieu ne se déploie pas ailleurs que dans notre faiblesse (1Co 1, 18-25).


Cette force est comparable à une source : c’était l’évangile de dimanche dernier. Quand on verse de l’eau dans un bocal rempli de sable et de cailloux, l’eau prend toute la place qui reste et elle imprègne chaque parcelle. Il en est ainsi de la grâce divine : elle entre en nous par tous les pores, elle revisite toute notre histoire et nos blessures, elle change notre aspect et sublime toutes choses.


Jésus poursuit son enseignement par une invitation à “mettre en pratique” puis “enseigner”. Mettre en pratique, c’est accepter de présenter à Dieu toute notre histoire. De ne pas la fuir ou vouloir passer à autre chose mais de nous réconcilier avec elle, de l’épouser et de la faire nôtre. En acceptant que de chaque malheur traversé Dieu nous fasse le don d’une conversion : un nouveau regard sur nous-mêmes et sur les autres, un nouvel agir qui ne soit pas prisonnier du passé.


Nous sommes bien loin d’une simple invitation à respecter la loi…


Amen.

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