Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même
Homélie du 22ème dimanche du temps ordinaire

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Je pense qu’il est nécessaire de s’arrêter un instant sur ce verset d’Evangile qui fait souvent difficulté. Il choque beaucoup de gens.
Quand Jésus dit qu’il faut « prendre sa croix » pour pouvoir le suivre, fait-il l’éloge de la souffrance ? Veut-il qu’on supporte tout sans broncher ? NON, ce n’est pas possible que Jésus nous demande cela !
Et quand il demande de « renoncer à soi-même », est-ce parce qu’il considère qu’on n’est rien du tout ? qu’on ne vaut rien ? Qu’il n’y a rien d’intéressant en nous ? Ce n’est pas possible non plus ! Cela ne ressemble pas du tout à Jésus !
Jésus, c’est quelqu’un qui invite à la confiance, et redonne sa dignité à celui qui l’a perdue.
Il veut que nous soyons debout, pour prendre notre vie en mains, pas pour prendre une croix ! Voudrait-il donc qu’on souffre pour être digne de lui ? ou pour obtenir ses faveurs comme certains le pensent ? On appelle cela la souffrance rédemptrice. Comme s’il était nécessaire de souffrir pour pouvoir être sauvé ! ou être pardonné ? Ces interprétations ressemblent beaucoup plus à des déviances, qu’à l’Evangile !
Non ! Chez Jésus tout est gratuit, tout est grâce, rien ne se mérite, tout est donné par amour. Et pour lui la souffrance n’est pas une bonne chose ! Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour enlever les péchés par la souffrance, mais pour dire aux hommes combien Dieu les aimait. Il est venu nous libérer, non pas faire de nous des êtres soumis, qui devraient accepter la souffrance et renoncer à eux-mêmes. Alors comment comprendre ce qu’il dit aujourd’hui ?
D’abord, et c’est souvent ainsi qu’il faut lire les Ecritures, il faut remettre le passage qu’on cherche à comprendre dans son contexte. Et ici, on nous donne bien le contexte : Jésus annonce sa passion. Il sait donc qu’il va bientôt mourir sur la croix.… et Pierre veut l'en détourner. C'est précisément dans ce contexte que Jésus parle de « prendre sa croix » pour le suivre. Il pense d’abord à lui, à ce qu’il va subir. Il veut aller au bout de l’amour ; il ne veut pas quitter ce chemin de la confiance en Dieu même si cela le conduit à la croix. Il veut rester fidèle. Sommes-nous prêts à faire de même ?
Ainsi, quand Jésus dit qu’il faut « prendre sa croix » pour pouvoir le suivre, il veut dire que choisir de le suivre n’est pas facile, et que cela a des conséquences qui peuvent conduire jusqu’à la mort. C’est bien ce qui arrivera aux premiers chrétiens persécutés.
Jésus nous demande aussi de « renoncer à soi-même ». Mais, il ne nous demande pas de renoncer à être soi-même, de renoncer à nos aspirations, ou à nos désirs. Bien au contraire ! C’est à renoncer à tout ce qui nous empêche d’être soi-même, qu’il nous appelle A renoncer à notre « ego » : c'est-à-dire à tout ce qui nous enferme sur nous-mêmes, tout ce qui nous empêche de rencontrer les autres et de les aimer. (Comme par exemple : renoncer à avoir le dernier mot, ou renoncer à son confort qui conduit à ne plus vouloir être déranger par les autres ! Etc.)
On le sait bien, pour Jésus, vivre ce n’est pas « vivre pour soi », mais c’est être attentif aux autres, se mettre à leur service, et surtout faire confiance à Dieu, en toutes circonstances, même dans les épreuves. C’est croire que Dieu ne nous abandonnera jamais.
Renoncer à soi-même, c’est choisir de s’ouvrir aux autres et à Dieu. C’est renoncer à construire sa vie uniquement autour de soi-même.
Pour suivre Jésus, il faut :
- accepter de donner plutôt que de tout garder pour soi,
- choisir d'aimer plutôt que de se protéger à tout prix,
- et décide de demeurer fidèle à ce qui est bien pour soi, même si cela te coûte.
Une vie entièrement consacrée à sa propre réussite risque d’être une vie perdue. Mais oser se donner par amour, c’est découvrir une vie bien plus grande que celle qu’on cherchait à préserver.
La logique de Dieu est celle du service et de l’amour. Et cette logique est « crucifiante » parce qu’elle bute sur des oppositions. L’illusion, c’est de croire qu’aimer est facile, et Jésus dénonce cette illusion. La réalité, c’est l’amour, c’est de croire à l’amour infini de Dieu qui nous accompagne en toute circonstance. S’ouvrir aux autres, en assumer les conséquences et marcher à la suite du Christ sur les chemins de la confiance.
Amen.

Commentaires