Eglise qui me ressemble ?

Homélie du mercredi 17 mai 2022 (Ac 15, 1-6 ; Jn 15, 1-8)




Lecture du livre des Actes des Apôtres


En ces jours-là,

des gens, venus de Judée à Antioche,

enseignaient les frères en disant :

« Si vous n’acceptez pas la circoncision

selon la coutume qui vient de Moïse,

vous ne pouvez pas être sauvés. »

Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion

engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là.

Alors on décida que Paul et Barnabé,

avec quelques autres frères,

monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens

pour discuter de cette question.

L’Église d’Antioche facilita leur voyage.

Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie

en racontant la conversion des nations,

ce qui remplissait de joie tous les frères.

À leur arrivée à Jérusalem,

ils furent accueillis par l’Église, les Apôtres et les Anciens,

et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux.

Alors quelques membres du groupe des pharisiens

qui étaient devenus croyants

intervinrent pour dire qu’il fallait circoncire les païens

et leur ordonner d’observer la loi de Moïse.

Les Apôtres et les Anciens se réunirent

pour examiner cette affaire.


– Parole du Seigneur.



Homélie


La première lecture nous raconte comment des questions inédites et difficiles ont surgi dans la jeune communauté chrétienne, dès les premières années de son existence. L’une de ces difficultés fut de décider s’il fallait que les chrétiens issus du monde païen deviennent juifs et soient circoncis comme l’étaient les premiers disciples de Jésus.


Pour en avoir le cœur net, Paul et Barnabé montent à Jérusalem et posent la question aux apôtres. Cela a donné lieu à un débat enflammé et à un risque de séparation entre les partisans de la tradition séculaire héritée de leurs pères et les partisans du changement.


Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Il y a toujours eu dans l’Église l’attachement à ce qui est reçu et l’ouverture à ce qui vient. Toute la difficulté consiste à faire une synthèse harmonieuse de ces deux préoccupations légitimes, une synthèse qui soit inspirée par l’Esprit Saint et fasse la communion entre tous. C’est le principe de la tradition dans l’Église, une tradition vivante faite de fidélité et de nouveauté.


Au temps des apôtres, ce qui ressort du débat peut se résumer ainsi : Paul reconnaît le droit des judéo-chrétiens à conserver la circoncision et plus largement les pratiques juives mais il n’impose pas le poids des préceptes de la Torah aux chrétiens issus du paganisme.


Cela pourrait sembler un compromis ou une demi-mesure, mais c’est plutôt une nouvelle compréhension de l’unité qui émerge avec le christianisme... Une unité dont les chrétiens diront quatre siècles plus tard qu’elle se fait “sans confusion ni séparation”. “Sans confusion”, cela veut dire que chacun peut entrer et demeurer dans l’Église avec son histoire, ses convictions et ses particularismes. Mais à la condition que rien en tout cela ne soit ferment de divisions et ne conduise à des séparations.


Nous sommes comme les sarments d’une même vigne, dit Jésus dans l’Évangile : De même qu’un sarment qui se détache du pied de vigne se dessèche et meurt, ainsi sommes nous appelés à rester attachés non seulement au Christ mais à tous les chrétiens, à commencer par ceux qui sont différents de nous-mêmes.


Pour cela, notre cœur a besoin d’être "émondé"... Emondé, c’est-à-dire libéré de la prétention de construire une Église qui me ressemble, où tout le monde penserait comme moi. Celui qui émonde notre cœur, c’est le vigneron, c’est Dieu le Père. Son action, l’action de son Esprit en moi, c’est d’élargir mon cœur pour que tous autour de moi y trouvent une place.


“C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que le monde saura que vous êtes mes disciples” dit Jésus.


Amen.


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