Dieu ou le veau ?

Homélie du jeudi 31 mars 2022 (Ex 32, 7-14)




Lecture du livre de l’Exode


En ces jours-là,

le Seigneur parla à Moïse :

« Va, descends,

car ton peuple s’est corrompu,

lui que tu as fait monter du pays d’Égypte.

Ils n’auront pas mis longtemps

à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre !

Ils se sont fait un veau en métal fondu

et se sont prosternés devant lui.

Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant :

“Israël, voici tes dieux,

qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.” »


Le Seigneur dit encore à Moïse :

« Je vois que ce peuple

est un peuple à la nuque raide.

Maintenant, laisse-moi faire ;

ma colère va s’enflammer contre eux

et je vais les exterminer !

Mais, de toi, je ferai une grande nation. »


Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu

en disant :

« Pourquoi, Seigneur, ta colère

s’enflammerait-elle contre ton peuple,

que tu as fait sortir du pays d’Égypte

par ta grande force et ta main puissante ?

Pourquoi donner aux Égyptiens l’occasion de dire :

“C’est par méchanceté qu’il les a fait sortir ;

il voulait les tuer dans les montagnes

et les exterminer à la surface de la terre” ?

Reviens de l’ardeur de ta colère,

renonce au mal que tu veux faire à ton peuple.

Souviens-toi de tes serviteurs,

Abraham, Isaac et Israël,

à qui tu as juré par toi-même :

“Je multiplierai votre descendance

comme les étoiles du ciel ;

je donnerai, comme je l’ai dit,

tout ce pays à vos descendants,

et il sera pour toujours leur héritage.” »


Le Seigneur renonça au mal

qu’il avait voulu faire à son peuple.


– Parole du Seigneur.



Homélie


Quand ils ont suivi Moïse au désert, les hébreux n’avaient pas vraiment accepté Yahvé. Yahvé est un Dieu exigeant et guerrier, un Dieu qui leur avait ordonné de se rebeller contre Pharaon puis de conquérir avec les armes la terre de Canaan. Alors aujourd’hui, les hébreux profitent de l’absence de Moïse qui est parti prier dans la montagne pour revenir à leur ancienne religion, une religion tranquille et sympathique qui ne leur demandait que de célébrer des fêtes et des rites.


Les hébreux se fabriquent alors une sorte de veau avec du bois qu’ils recouvrent d’or. C’est l’image traditionnelle du Dieu El, un genre de Dieu béat qui n’existe que pour rassurer les gens qui ont peur et donner l’occasion de faire la fête.


Dans cet épisode de l’Exode, le péché d’Israël n’est pas seulement de fabriquer une image de Dieu - ce qui était interdit - mais de se faire leur propre Dieu : “Tu vas nous faire un Dieu” disent les hébreux à Aaron, tu vas nous donner un Dieu qui nous convienne.


Ce péché d'idolâtrie est répandu aujourd’hui. Beaucoup se sont éloignés de la pratique chrétienne mais restent, au fond, des hommes religieux, spirituels. Alors, ils piochent ici ou là ce qui leur convient en matière de religion. On pose une base chrétienne, pour honorer un système de valeurs auquel on croit encore. On retire de ce qui déplaît : la place jugée trop importante des dogmes, l’exigence de la morale évangélique… On ajoute à cela de la pensée positive ou d'autres techniques de développement personnel auxquelles on prête une valeur spirituelle. Bref, beaucoup sont tentés de se construire leur propre religion et donc, plus gravement, leur propre Dieu. Un Dieu “ouvrage de mains humaines”.


Quand Moïse découvre que les hébreux n’accueillent plus Dieu comme il est, il se fâche. Mais passé ce premier mouvement de colère, le livre de l’Exode raconte comment Moïse négocie avec Yahvé pour que le Seigneur ne se mette pas en colère mais qu’il pardonne à son peuple. En fait Moïse n’a pas à craindre les foudres de Dieu. Moïse négocie sans doute ici avec sa propre colère. Dans la prière, le Seigneur lui donne la grâce de laisser retomber sa colère et de comprendre que Dieu est un Dieu patient et miséricordieux.


Aujourd’hui encore, Dieu est un Dieu patient. Il continue de se révéler aux hommes comme il est, à travers les Évangiles. Et Jésus de nous dire : “Veux-tu me suivre ? Acceptes-tu de me prendre comme je suis et non comme tu voudrais que je sois ?"


Seigneur Jésus, accorde-nous la grâce de te recevoir tel que tu es, de nous laisser surprendre par ta parole et tes enseignements, de nous laisser déstabiliser, déplacer par tes appels. Ainsi nous goûterons à la vie nouvelle que tu nous promets ; ainsi nous entrerons dans la terre promise.


Amen.

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