Dieu laisserait-il faire ?

Homélie du vendredi 10 avril 2020 (Jn 18, 1 - 19, 42)




Lecture de la Passion de notre Seigneur Jésus-Christ


Jn 18, 1 - 19, 42



Homélie


Pourquoi le mal existe-t-il ? Pourquoi la souffrance ? Pourquoi, pourquoi... Et pourquoi Dieu laisse-t-il faire tout cela ? Pourquoi laisse-t-il faire l’homme ? La journée du Vendredi saint et le temps du Triduum nous donnent chaque année l’occasion de méditer la Passion de Jésus. Et face à la mort de l’innocent, face à la souffrance injuste, nous butons toujours sur les mêmes questions. Elles nous rappellent aussi ce que nous avons peut-être dû nous-mêmes traverser ou subir… Mais décidément, nous ne comprenons pas.

Que fait donc Dieu ? Pourquoi n’agit-il pas ? N’est-il pas tout-puissant, plein d’amour ? Pourquoi garde-t-il le silence ? Existe-t-il vraiment, finalement ? La réponse qu’on donne toujours - qu’on nous donne - c’est : Dieu laisse faire l’homme, parce qu’il l’a voulu libre. Et c’est vrai. Mais ça nous laisse souvent sur notre faim ! En fait, je pense que Dieu ne laisse pas faire l’homme. Pas du tout. Mais il ne peut rien faire qui l’obligerait ! Parce que c’est à la liberté qu’il l’appelle. Alors, que dire ? Dieu s’est engagé quand il nous a créés, quand il a fait le monde. Responsable, il assume ce qu’il a fait. Par exemple, ça lui est impossible de nous dire : "Débrouillez-vous maintenant !", ou bien "Vous n’avez que ce que vous méritez, je vous avais prévenus !". Non, Dieu n’agit pas comme cela. Il est et reste solidaire. Il est entré en "alliance" avec sa création, il ne reviendra pas sur sa décision. Lui, il reste fidèle. Plus jamais il ne détruira, il l’a juré. Pensez à l’histoire de Noé : "Il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre" (Gn 9, 11). Dieu ne laisse pas faire l’homme.

La Prière eucharistique n° 4 le dit très bien :

"Dans ta miséricorde [Père], tu es venu en aide à tous les hommes pour qu’ils te cherchent et puissent te trouver. Tu as multiplié les alliances avec eux, et tu les as formés, par les prophètes, dans l’espérance du salut. Tu as tellement aimé le monde, Père très saint, que tu nous as envoyé ton propre fils, lorsque les temps furent accomplis, pour qu’il soit notre Sauveur."

Voilà ce que fait Dieu : il vient en aide, il multiplie son alliance, la propose à nouveau, il nous donne son Fils. Et Jésus, tout comme son Père, quand il vient parmi nous, ne vient pas jouer au grand sorcier et chasser d’un revers de manche le mal et la souffrance ! Il vient libérer l’homme, le délivrer, le sauver. Il vient pour que l’homme soit vraiment libre. Il l’accompagne en toute chose. Il ne refuse jamais de lui parler, de lui pardonner. Il n’a de cesse de lui propose la foi. Toujours la foi. A Pilate il dit : "Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix" (Jn 18, 37). Et nous, les hommes, nous n’avons pas écouté. Nous l’avons rejeté, renié, méprisé… Lui, "le chemin, la vérité et la vie" (Jn 14, 6) ; et nous avons dit : "Qu’est-ce que la vérité ?" Et puis nous avons tourné les talons ! Et Dieu, n’a rien pu faire (d’autre) pour éviter à son Fils de mourir sur la croix ! C’est cette réalité que ces trois jours saints nous donnent de regarder, contempler, méditer. Dieu ne laisse pas faire l’homme… Mais les hommes ne veulent pas regarder la réalité ! "Ils ne regardent pas la réalité ! Ils croient voir et ne voient pas, savoir et ne savent pas, comprendre mieux que les autres et ne comprennent pas… La réalité au contraire est tout autre, c’est celle que Jésus garde présente à l’esprit et qui guide ses pas. La réalité, c’est la croix, c’est le péché du monde qu’il est venu prendre sur lui et déraciner de la terre des hommes et des femmes. La réalité, ce sont les innocents qui souffrent et meurent à cause des guerres et du terrorisme ; ce sont les esclavages qui ne cessent pas de nier la dignité, même à l’époque des droits humains ; la réalité, ce sont les camps de réfugiés qui parfois ressemblent plus à un enfer qu’à un purgatoire ; la réalité, c’est le rejet systématique de tout ce qui ne sert plus, y compris les personnes." (Homélie du pape François, Basilique vaticane, Mercredi 28 juin 2017). Dieu ne laisse pas faire tant de cruauté entre les hommes… Il ne laisse pas faire, mais il ne peut empêcher ! Il ne laisse pas faire : il donne son Fils. Il ne laisse pas faire : il offre sans cesse son pardon et sa miséricorde. Mais l’homme ne voit pas la réalité ! Le 27 mars dernier, le pape François dans sa méditation sur la tempête apaisée disait encore :

"Dans notre monde, que tu aimes plus que nous, nous sommes allés de l’avant à toute vitesse, en nous sentant forts et capables dans tous les domaines. Avides de gains, nous nous sommes laissé absorber par les choses et étourdir par la hâte. Nous ne nous sommes pas arrêtés face à tes rappels, nous ne nous sommes pas réveillés face à des guerres et à des injustices planétaires, nous n’avons pas écouté le cri des pauvres et de notre planète gravement malade. Nous avons continué notre route, imperturbables, en pensant rester toujours sains dans un monde malade. Maintenant, alors que nous sommes dans une mer agitée, nous t’implorons : 'Réveille-toi Seigneur !'” (Mc 4, 35). Non, Dieu ne laisse pas faire l’homme, mais il ne peut le contraindre ! Et Jésus nous répète sans cesse : "N’avez-vous pas encore la foi ?" La prière n’est pas faite pour soumettre Dieu à notre volonté ! On met du temps à le découvrir. La mort de Jésus sur la croix nous le fait comprendre. Même la prière de Marie fut inefficace ! D’ailleurs n’a-elle jamais prié à cette intention ? Quand bien même l’aurait-elle fait, ça n’a pas empêché Jésus d’être crucifié et de mourir sur la croix. Voilà encore la réalité.

Mais Christ est ressuscité. Cela aussi est la réalité. Et c’est la vraie réponse à la question du mal et de la souffrance. La vraie réponse. Mais, elle ne peut être accueillie et proclamée que dans la foi, en toute liberté. Notre Dieu nous aime. Il aime notre monde, et ne laisse pas faire l’homme… Je crois, Seigneur.


Amen.

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