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Déflagration

Homélie de la vigile pascale, dimanche 9 avril 2023 (Mt 28, 1-10)




Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu


Après le sabbat,

à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine,

Marie Madeleine et l’autre Marie

vinrent pour regarder le sépulcre.

Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre ;

l’ange du Seigneur descendit du ciel,

vint rouler la pierre et s’assit dessus.

Il avait l’aspect de l’éclair,

et son vêtement était blanc comme neige.

Les gardes, dans la crainte qu’ils éprouvèrent,

se mirent à trembler et devinrent comme morts.

L’ange prit la parole et dit aux femmes :

« Vous, soyez sans crainte !

Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié.

Il n’est pas ici,

car il est ressuscité, comme il l’avait dit.

Venez voir l’endroit où il reposait.

Puis, vite, allez dire à ses disciples :

‘Il est ressuscité d’entre les morts,

et voici qu’il vous précède en Galilée ;

là, vous le verrez.’

Voilà ce que j’avais à vous dire. »

Vite, elles quittèrent le tombeau,

remplies à la fois de crainte et d’une grande joie,

et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples.

Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit :

« Je vous salue. »

Elles s’approchèrent,

lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui.

Alors Jésus leur dit :

« Soyez sans crainte,

allez annoncer à mes frères

qu’ils doivent se rendre en Galilée :

c’est là qu’ils me verront. »


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


Grâce aux indices chronologiques laissés par les évangélistes, la date de la résurrection avancée par les exégètes est le 9 avril de l’année 30. Une date qui peut nous sembler bien lointaine mais qui est si proche, quand on y réfléchit. Si j’avais besoin d’une personne pour représenter chaque génération qui nous sépare du Christ, les sept premiers bancs de la nef me suffiraient. La résurrection de Jésus, c’est hier. Et la transmission de la bonne nouvelle s’est faite merveilleusement : nous possédons des papyrus qui racontent l’événement qui datent d’à peine trente ou quarante ans après la rédaction de l’évangile selon Saint Jean. Nous avons plus de 54 000 parchemins grecs qui racontent le même récit, là où nous sommes parvenus à ne sauver que 700 exemplaires de l’Illiade. La diffusion de la bonne nouvelle de la résurrection de Jésus fut massive et encore aujourd’hui, l’Évangile est en librairie le best-seller de l’humanité.


L’annonce de la résurrection de Jésus est une déflagration qui soulève aujourd’hui encore les foules de continents éloignés. Si Jésus est bien celui qu’il prétend, s’il est - comme l’atteste sa résurrection - le maître et le seigneur de toute vie, alors la vie éternelle est devant nous. L’événement de la résurrection ne peut que bouleverser notre manière de vivre sur terre, car nous ne sommes ici que de passage ! Et bientôt s’ouvrira pour nous un monde nouveau et une terre nouvelle resplendissante de lumière.


Seule ombre au tableau, le fait que tant de chrétiens aient perdu la foi dans notre pays. Je n’ai pas les statistiques les plus récentes, mais en 2009 seulement 13% de catholiques disaient croire en la résurrection. 7% croient en la réincarnation, 33% “en quelque chose mais sans pouvoir le définir”, et 8% en “rien”. Quelle tristesse. Croire en la résurrection est le fondement du message chrétien. A quelques dizaines de générations de nous, Saint Paul écrit : “Si le Christ n’est pas ressuscité, si nous ne ressuscitons pas avec lui, alors notre proclamation est sans contenu et votre foi aussi est sans contenu”. Être chrétien sans croire en la résurrection ? Une coquille vide ! Il restera bien quelques valeurs évangéliques, sans doute, mais pour combien de temps ?


Chaque année, la vigile pascale nous fait voyager dans le temps, depuis la création du monde jusqu’au jaillissement de la vie nouvelle en Jésus-Christ. Chaque année, la vigile pascale réitère toutes les promesses de Dieu à l’humanité et nous rappelle les multiples alliances que nous avons scellées ensemble. Tout converge vers l’événement de la résurrection du Christ, lumière du monde et porte d’entrée vers l’au-delà.


Dans quelques heures, nous serons invités à vivre le même cheminement que Marie-Madeleine se mettant en route “alors qu’il fait encore sombre”. Car oui, il fait parfois encore sombre dans nos existences et il nous faudra encore du temps pour accueillir, accepter, nous laisser éclairer et transformer par la lumière de la résurrection.


Le mystère de Pâques est essentiellement un mystère de lumière. En ce petit matin, nous fêtons le dévoilement progressif de la lumière dont l’étoile de Bethléem indiquait la naissance et que les ténèbres du Golgotha n’ont pas pu éteindre. Au constat inquiet de Marie-Madeleine – “On a enlevé mon Seigneur de son tombeau et je ne sais pas où on l’a mis » va répondre la tranquille et ferme attitude de Jean : “il vit et il crut”. Il y a entre ces deux versets toute l’aventure de notre foi.


On ne peut comprendre l’avènement de la lumière de Dieu dans nos existences que dans l’épaisseur de ces trois derniers jours. Cette montée vers Jérusalem nous a fait partager le chemin même de Jésus : le chemin de notre humanité qui, petit à petit, se dégage de ses zones les plus sombres pour s’ouvrir à la lumière du Ciel, jusqu’à l’illumination la plus parfaite.


Notre quotidien est toujours, reconnaissons-le, de l’ordre d’un passage. Un tunnel où à force d’avancer, la lumière se fait plus dense. Du jeudi saint où nous apprenons la vertu du service de nos frères et celle de l’amour de Dieu, au vendredi saint où nous apprenons à persévérer dans l’offrande de soi malgré les épreuves, nous disposons toujours davantage nos cœurs à accueillir la joie du Ressuscité. Notre vie personnelle, notre vie de croyants s’égrène ainsi au cœur de cette tension entre la vision du tombeau vide et la certitude de la Résurrection.


Redisons ce matin au Christ que nous le choisissons comme maître et comme ami, pour que jour après jour, à son école, il fasse de nous des goûteurs et des témoins de plus en plus radieux de ce nouveau monde qui, cette nuit, a commencé de naître et que rien ne peut arrêter.


Amen.


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