C'est pas juste !

Homélie du dimanche 20 septembre 2020 (Is 55, 6-9 ; Ph 1, 20-27 ; Mt 20, 1-16)



Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu


En ce temps-là,

Jésus disait cette parabole à ses disciples :

« Le royaume des Cieux est comparable

au maître d’un domaine qui sortit dès le matin

afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne.

Il se mit d’accord avec eux sur le salaire de la journée :

un denier, c’est-à-dire une pièce d’argent,

et il les envoya à sa vigne.

Sorti vers neuf heures,

il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans rien faire.

Et à ceux-là, il dit :

‘Allez à ma vigne, vous aussi,

et je vous donnerai ce qui est juste.’

Ils y allèrent.

Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures,

et fit de même.

Vers cinq heures, il sortit encore,

en trouva d’autres qui étaient là et leur dit :

‘Pourquoi êtes-vous restés là,

toute la journée, sans rien faire ?’

Ils lui répondirent :

‘Parce que personne ne nous a embauchés.’

Il leur dit :

‘Allez à ma vigne, vous aussi.’


Le soir venu,

le maître de la vigne dit à son intendant :

‘Appelle les ouvriers et distribue le salaire,

en commençant par les derniers

pour finir par les premiers.’

Ceux qui avaient commencé à cinq heures s’avancèrent

et reçurent chacun une pièce d’un denier.

Quand vint le tour des premiers,

ils pensaient recevoir davantage,

mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce d’un denier.

En la recevant,

ils récriminaient contre le maître du domaine :

‘Ceux-là, les derniers venus, n’ont fait qu’une heure,

et tu les traites à l’égal de nous,

qui avons enduré le poids du jour et la chaleur !’

Mais le maître répondit à l’un d’entre eux :

‘Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi.

N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ?

Prends ce qui te revient, et va-t’en.

Je veux donner au dernier venu autant qu’à toi :

n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mes biens ?

Ou alors ton regard est-il mauvais

parce que moi, je suis bon ?’


C’est ainsi que les derniers seront premiers,

et les premiers seront derniers. »


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


« C’est pas juste ».

C’est ce que nous nous disons à chaque fois que nous écoutons cette parabole, je pense.

Ce n’est pas juste que tous soient traités de la même façon, alors que certains ont enduré « le poids du jour et la chaleur ! » Non, ce n’est pas juste !


Cette parabole nous dérange et, là encore, Jésus nous déconcerte.

Mais précisément, c’est le but d’une parabole.

Si Jésus utilise souvent cette forme littéraire, c’est parce que c’est une bonne manière d’inviter l’auditeur ou le lecteur à réfléchir. A le remettre en question, sans l’humilier. Et à le renvoyer à sa propre conscience sans l’obliger aucunement.


Par exemple, ici, à la fin de la parabole, il y a cette question qui nous touche forcément :

« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

On le voit, la parabole en profite pour débusquer certaines formes de jalousie !

Et c’est bien vrai, comme il nous est difficile parfois d’admettre que l’autre est meilleur que nous, ou plus intelligent… ? Qu’il a des dons que je n’ai pas ? Qu’il peut être généreux pour des gens qui ne le méritent pas. Etc.

A chacun de voir si son regard est mauvais parce qu’un autre est bon !


La parabole ne dit pas non plus ce qu’on doit faire. Elle n’a pas un discours moralisateur.

La parabole aide simplement à voir clair et, du coup, à soi-même remettre en cause ses convictions.

« Les premiers seront derniers », dit Jésus ! Mais que veut-il dire exactement ?

Souvent, la parabole invite à voir les choses autrement.

A voir comme Dieu voit. Ou à comprendre comment Dieu agit avec chacun de nous.


Par exemple, il part à la recherche de la brebis égarée, et si elle se laisse trouver, il y a plus de joie dans le ciel pour elle que pour les 99 autres !


Alors, ici, pourquoi disons-nous que c’est injuste, alors que le maître dit exactement le contraire ?

Et on ne peut pas mettre en doute sa bonté! Il faut donc réfléchir !

Isaïe nous avait bien prévenu : « mes pensées ne sont pas vos pensées… - oracle du Seigneur ».


En acceptant de faire ce travail de recherche du sens – c’est ce qu’on fait dans la Lectio Divina -, on donne la possibilité à l’Esprit Saint de nous inspirer, et de mieux nous faire comprendre ce qu’est le « Royaume des Cieux qui est comparable, dit Jésus, au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. »


Les Pères de l’Eglise ont cherché avant nous le sens, bien sûr.

Par exemple, Origène a comparé la vigne à l’Eglise, et le maître au Christ.

Et voici ce que dit Saint Augustin dans son sermon 87 :

« Les justes venus au monde en premier, comme Abel et Noé, ont été, pour ainsi dire, appelés à la première heure, et ils obtiendront le bonheur de la résurrection en même temps que nous. D'autres justes, venus après eux, Abraham, Isaac, Jacob et tous ceux qui vivaient à leur époque ont été appelés à la troisième heure, et ils obtiendront le bonheur de la résurrection en même temps que nous. Il en ira de même pour ces autres justes, Moïse, Aaron et tous ceux qui furent appelés avec eux à la sixième heure; puis les suivants, les saints prophètes, appelés à la neuvième heure, goûteront le même bonheur que nous. Tous les chrétiens sont, pour ainsi dire, appelés à la onzième heure; ils obtiendront, à la fin du monde, le bonheur de la résurrection avec ceux qui les ont précédés. Tous le recevront ensemble. »

Pour Saint Augustin, la pièce d'argent est le symbole de la vie éternelle.


Quant à moi, je pense que la parabole dit aussi que ce qui compte, c’est d’être allé travailler à la vigne. C'est-à-dire d’avoir été ouvrier du Royaume, mais peu importe combien de temps.

Le salaire donné, le salaire promis, dans cette parabole, c’est bien le salut.

C’est le même pour tous.

Il est offert aux premiers comme aux derniers, parce qu’il est offert à tous ceux qui ont répondu à l’invitation du maître : « va à ma vigne ».

Ce qui compte, c’est d’accepter d’y aller.

Ce qui compte, c’est d’avoir répondu à l’appel.


C’est donc à chacun de voir pour lui ce que c’est que cette vigne, ou à quoi le Seigneur l’appelle.

La parabole nous dit qu’il n’est jamais trop tard pour répondre à l’appel.


Amen.


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