Augmente en nous la foi

Homélie du dimanche 2 octobre 2022 (Lc 17, 5-10)




Évangile de Jésus Christ selon saint Luc


En ce temps-là,

les Apôtres dirent au Seigneur :

« Augmente en nous la foi ! »

Le Seigneur répondit :

« Si vous aviez de la foi,

gros comme une graine de moutarde,

vous auriez dit à l’arbre que voici :

‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’,

et il vous aurait obéi.


Lequel d’entre vous,

quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes,

lui dira à son retour des champs :

‘Viens vite prendre place à table’ ?

Ne lui dira-t-il pas plutôt :

‘Prépare-moi à dîner,

mets-toi en tenue pour me servir,

le temps que je mange et boive.

Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ?

Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur

d’avoir exécuté ses ordres ?

De même vous aussi,

quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné,

dites :

‘Nous sommes de simples serviteurs :

nous n’avons fait que notre devoir’ »


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


En deux endroits de l’Évangile, des gens s’adressent à Jésus pour lui demander d’augmenter leur foi. Dans le passage que je viens de proclamer, ce sont les apôtres qui disent à Jésus : “Augmente en nous la foi”. Ailleurs, il s’agit d’un papa qui souffre beaucoup à cause de son enfant qui est très malade. Jésus lui dit : “Ne crains pas, crois seulement”. Et le papa répond : “Je crois, Seigneur, mais viens au secours de mon manque de foi” (Mc 9, 23).


Les apôtres comme ce papa ont la foi, mais leur foi est bien fragile : ils sont incertains, ils hésitent, ils se posent beaucoup de questions et ont des doutes. Ils en souffrent d’ailleurs, alors ils demandent à Jésus de les aider à mieux croire. C’est beau, c’est touchant ! Cela ressemble à notre propre foi… Elle n’est probablement pas beaucoup plus solide que celle des apôtres ; je ne vois pas pourquoi nous ferions exception.


En tout cas, sur ce terrain, Jésus ne nous contredit pas. Il confirme que notre foi est le plus souvent déficiente. Il le fait remarquer aux gens de son village. Il s’en attriste devant les scribes et les pharisiens (Mc 6, 6). A Simon-Pierre, il dira même : “homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?” (Mt 14, 13). Jésus voit que notre foi est insuffisante parce qu’elle ne porte pas les fruits attendus. Si vous aviez un tout petit peu plus de foi, nous dit Jésus, cela suffirait à produire des choses extraordinaires, miraculeuses même !


Alors, comment grandir dans la foi ? Jésus ne donne pas de recettes. Donc, il n’y a pas de recettes. Il n’y a pas de mode d’emploi proposé à ceux qui veulent approfondir leur foi. Jésus accueille la prière de ceux qui demandent la foi et mais il semble laisser aux circonstances de la vie le soin de tracer pour nous un chemin. Jésus sait que les événements heureux et douloureux qui jalonnent notre vie sont la matière dont Dieu se sert pour faire grandir notre foi.


Or, à en croire l’Évangile, Dieu a coutume d’augmenter notre foi principalement lorsque nous sommes tentés ou mis à l’épreuve. C’est là que, peu à peu, tout disciple apprend à creuser sa foi. Une maladie, la sienne ou celle d’un proche, dont on souhaite la guérison. Un mort que l’on pleure et que l’on souhaiterait voir revenir à la vie. Ou toute autre détresse où il ne reste en nous que ce tout petit bout de foi, à peine plus gros qu’une graine de moutarde, mais qui nous pousse enfin à nous abandonner à la prévenance de Dieu, à nous laisser consoler par lui. C’est souvent là, au cœur de l’épreuve, que notre foi nous pousse à ouvrir grands les bras à la tendresse du Père et à trouver, dans cette étreinte, la consolation.


Que Dieu ne nous garde pas des épreuves, cela restera toujours un mystère. “Pourquoi me laisses-tu voir le mal et regarder la misère ?” demandait le prophète Habacuc, dans la première lecture. Nous aimerions tant être protégés de tout mal, de toute atrocité. Mais ce que Dieu répond, par la bouche de Saint Paul, c’est : “Prends ta part de souffrance”. Heureusement, il ne s’arrête pas là. Il ajoute : “Rappelle-toi, mon enfant. Ce n’est pas un esprit de peur que je t’ai donné mais un esprit de force, d’amour et de pondération”. Je crois que notre foi devient puissante et féconde quand les circonstances de la vie nous forcent à puiser au plus profond de nous-mêmes le trésor que Dieu a déposé en nous depuis le baptême : son Esprit, sa vie, sa résurrection. “Ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains” dit Saint Paul. Oui, “l’Esprit Saint habite en toi”.


Quant au prophète Habacuc, le Seigneur le rassure aussi. “Oui, le mal et la misère sont aujourd’hui devant toi, et je ne te retire pas du monde… Mais à toi, qui es “juste”, je donne une “vision” : à terme, tu ne seras pas déçu. Oui, ce à quoi tu aspires viendra “certainement” et “sans retard”.


Prenons quelques instants de silence. Et allons puiser au dedans de nous-mêmes ce que Dieu a déjà donné : la foi en sa promesse, la vision de ce qui nous attend et la force de continuer notre chemin en prodiguant beaucoup d’amour.


Amen.


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