Homélie donnée aux obsèques de Brieuc Morgue




Première lettre de Saint Paul Apôtre aux Corinthiens

L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout.


L’amour ne passera jamais.


- Parole du Seigneur.



Homélie


A la maison, j’ai un dessin posé au mur. Un dessin qui représente une petite planète parsemée de volcans et de fleurs, et sur elle un petit prince qui se tient debout et qui regarde vers le Ciel.

J’aime ce dessin parce que depuis longtemps, il me fait penser à Brieuc. Brieuc, c’est mon petit prince. Il était parmi nous comme un petit ange tombé du Ciel. Un ange qui se demandait souvent pourquoi il avait atterri là, sur notre petite planète, et qui cherchait le sens de sa présence au milieu de nous.


Brieuc se sentait différent de nous. Et il l’était, je crois. Intelligent, brillant même, très sensible… Sa vie intérieure était d’une densité incroyable. J’étais en contemplation devant ce gamin. Et je le suis toujours.

Brieuc aurait aimé partager avec nous sa quête de sens, sa recherche de vérité, ses belles découvertes et ses déceptions. Il aurait aimé trouver avec nous des réponses à toutes les questions qui se chamboulaient dans sa tête.

Mais Brieuc - c’était délicat de sa part - il ne voulait pas nous embêter avec tout ça. “Je ne sais pas quoi leur dire”, disait-il, “ça ne va pas les intéresser”.


Pour Brieuc, le plus important n’était pas qu’on le comprenne. Ce qu’il voulait par dessus tout, c’est mettre à profit son temps sur la terre pour nous aider, un peu comme le font les anges gardiens. Il nous regardait vivre, avec ses grands yeux bleus, et dans sa tête il se demandait aussitôt : “Qu’est-ce que je peux faire pour eux ? Qu’est-ce-que je peux faire pour qu’ils soient plus heureux ?”


A cette question toute simple, pragmatique, Brieuc trouvait plein de réponses ! Il se sentait pousser des ailes… Il avait tout le temps envie de faire plaisir aux autres ! A tel point que Geneviève et Daniel, les parents de Brieuc, croulent aujourd’hui sous le courrier. Vous avez été nombreux à leur raconter comment, un jour, Brieuc a été votre ange gardien. Et si vous pouvez continuer à le faire, ce serait chouette. Ça nous fait beaucoup de bien.


Oh, c’était tout simple, ce que faisait Brieuc ! Il aidait celui qui était en difficulté à l’école ; quand il voyait deux personnes se battre ou s’en vouloir, il essayait de les apaiser et de les conduire au pardon. Quand il sentait quelqu’un triste, il faisait tout son possible pour lui rendre la joie de vivre… C’était ça, le quotidien de Brieuc.


Parmi vous, il y a un petit gars qui souffrait beaucoup, en secret. Brieuc s’en est aperçu, et il lui a dit : “Tu peux pas rester comme ça, il faut que tu parles de ta souffrance à tes parents, ou à un adulte qui puisse t’aider”...

Brieuc avait ce talent là. Son bonheur, c’était de nous voir heureux. Sa priorité, c’était de travailler à nous rendre la vie plus belle. Il se sentait comme un étranger sur cette planète, mais il était déterminé à rendre notre monde plus beau.


Il y a deux ou trois jours, je relisais avec émotion un texte de Saint François d’Assise. C’est une prière. Pour moi, c'est la prière de Brieuc. C’est ce qu’il a accompli au milieu de nous. Je vous en lis un petit bout :


“ Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix.

Là où est la haine, que je mette l’amour.

Là où est l’offense, que je mette le pardon.

Là où est la discorde, que je mette l’union.

Là où est l’erreur, que je mette la vérité.

Là où est le doute, que je mette la foi.

Là où est le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.

Là où est la tristesse, que je mette la joie.”


Voilà, ça, c’est Brieuc. C’est comme dans la première lecture qu’on a entendue tout à l’heure, rappelez-vous : “Brieuc prend patience ; Brieuc ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas…”


C’est vrai, il ne s’emportait jamais ! Personne ne l’a entendu dire du mal des autres. Même pas de ses profs ! Dans ses paroles, il n’y avait jamais une once d'agressivité. Même quand ses parents le saoulaient, il disait seulement “Papa…” “Maman…” [sur un ton faussement désabusé].

Et quand on était dur avec lui, il ne se laissait pas démonter. Il avait sa manière bien à lui de nous renvoyer dans nos buts, en nous disant les choses très simplement, avec franchise et beaucoup de bienveillance… C’était impossible de lui en vouloir !

Alors, on ravalait notre salive et on se disait : “Il a raison, Brieuc. Je vais réfléchir à ce qu’il m’a dit.” Et pour peu qu’on y fasse attention, sa parole nous aidait à grandir, à devenir meilleur.


J’ai rarement trouvé autant de bonté et de sagesse dans un petit gars de son âge.


En plus, Brieuc n’était pas triste, comme le sont parfois les premiers de la classe. Il aimait rigoler, que ce soit en famille ou avec ses bons amis.

Ces deux dernières années, il a gagné pas mal de centimètres mais quand il avait encore douze ans, j’aimais prendre ses deux mains pour le faire tourner autour de moi à toute vitesse, comme un hélico… Il rigolait, c’était merveilleux de voir la joie dans ses yeux…

Oui, Brieuc a connu le bonheur avec nous tous. Il n’a jamais manqué d’amour. Ni de la part de ses parents, ni de la part de ses sœurs, ni de notre part, à chacun.


Pourquoi est-il parti, alors ? C’est difficile de répondre. Brieuc disait encore récemment à ses parents : “Personne ne peut comprendre ce qui se passe dans ma tête.” Il répétait souvent : “C’est compliqué, c’est compliqué”. On a tous essayé de l’aider.


Avec Geneviève et Daniel, on pense que Brieuc aurait aimé vivre dans un monde différent, un monde meilleur, beaucoup plus beau que celui que nous connaissons. Brieuc voulait changer le monde mais un jour, il s’est senti trop seul devant la tâche à accomplir et il n’a plus trouvé en lui la force d’avancer.

Dans son tout dernier poème, il écrit : “J’essaye, je me bats, encore et encore. Je persévère, toujours plus fort, confiant, rempli d’envie, déterminé !” Et c’est vrai, il s’est battu comme un lion pour rendre notre monde un peu plus à l’image de son grand cœur.


Vers la fin, c’était plus dur. Le simple fait de sourire lui coûtait, mais quand il y arrivait c’était encore pour lui comme une victoire, parce qu’il savait que cela nous donnait de la joie.


“O Seigneur, - c’est la prière de Saint François qui continue -

Que je ne cherche pas tant à

être consolé qu’à consoler,

à être compris qu’à comprendre,

à être aimé qu’à aimer.”



Parmi vous, il y a un très bon ami de Brieuc dont je tairai le nom parce qu’il n’a peut-être pas envie que je parle de lui. Quand il a appris la mort de Brieuc, il s’est enfermé dans sa chambre, un long moment, avec une bougie allumée. Et puis, il est sorti de sa chambre en disant à ses parents : “Moi, désormais, je vais faire tout ce que je peux pour soutenir ceux qui souffrent comme moi de la mort de Brieuc.”


Ce petit gars là, il a tout compris. C’est génial. C’est magnifique. Vous vous rendez compte de ce qui se passe, là ? On a déjà un ange gardien de plus parmi nous ! C’est merveilleux...


Peut-être que Brieuc s’est senti trop seul pour changer le monde. Mais je suis sûr que, de là-haut, il est en train de prendre sa revanche… Il est en train de nous visiter, et d’inspirer parmi nous pleins d’autres anges gardiens. En ce moment, et déjà depuis plusieurs jours, il est en train de former une armée de séraphins ! J’en ai l’intime conviction. Je le sais.


Peut-être que Brieuc n’a pas su nous expliquer, avant, tout ce qu’il avait sur le cœur. Mais maintenant qu’il est là-haut, il arrive très bien à se faire comprendre en parlant directement à notre cœur, à notre âme.

Geneviève, tu sais combien c’est vrai. C’est fou ce qu’on ressent sa paix comme un cadeau. C’est fou aussi combien il nous talonne maintenant pour qu’on continue sur la terre ce qu’il a commencé parmi nous.


Toujours, Brieuc sera là pour répéter à chacun de ses amis : “Ta vie sur terre a du sens tant que tu prends soin des autres ! Toi sur la terre et moi au Ciel, on va y arriver. Et le monde sera plus beau, comme je l’ai toujours rêvé”.


Brieuc, mon pt’tit gars, mon petit prince...

On va faire à ta manière maintenant.

On s’accroche à la vie, et on compte sur toi.


Amen.

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