Un regard à convertir

Homélie du dimanche 13 septembre (Is 50, 5-9a ; Mc 8, 27-35)




Évangile de Jésus Christ selon saint Marc


En ce temps-là,

Jésus s’en alla, ainsi que ses disciples,

vers les villages situés aux environs de Césarée-de-Philippe.

Chemin faisant, il interrogeait ses disciples :

« Au dire des gens, qui suis-je ? »

Ils lui répondirent :

« Jean le Baptiste ;

pour d’autres, Élie ;

pour d’autres, un des prophètes. »


Et lui les interrogeait :

« Et vous, que dites-vous ?

Pour vous, qui suis-je ? »

Pierre, prenant la parole, lui dit :

« Tu es le Christ. »

Alors, il leur défendit vivement

de parler de lui à personne.


Il commença à leur enseigner

qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup,

qu’il soit rejeté par les anciens,

les grands prêtres et les scribes,

qu’il soit tué,

et que, trois jours après, il ressuscite.

Jésus disait cette parole ouvertement.

Pierre, le prenant à part,

se mit à lui faire de vifs reproches.

Mais Jésus se retourna

et, voyant ses disciples, il interpella vivement Pierre :

« Passe derrière moi, Satan !

Tes pensées ne sont pas celles de Dieu,

mais celles des hommes. »

Appelant la foule avec ses disciples, il leur dit :

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite,

qu’il renonce à lui-même,

qu’il prenne sa croix

et qu’il me suive.

Car celui qui veut sauver sa vie

la perdra ;

mais celui qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile

la sauvera. »


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


“Pour vous, qui suis-je ?” demande le Christ. “Tu es le Christ !” répond Simon-Pierre. Très belle image qui signifie littéralement “Dieu t’a marqué de son onction”… C’est comme si Pierre disait : “Tu es tout imprégné de la vie divine”, comme l’huile que l’on dépose sur notre front nous imprègne jusqu’à faire partie de nous-mêmes.


Pierre a compris que l’Esprit du Père demeure en Jésus, que lui et le Père ne font qu’un, dans l’Esprit. Mais il est trop tôt pour que cette vérité éclate au grand jour : les juifs ne sont pas prêts à l’entendre. Ils ne sont pas prêts à reconnaître que Dieu le Père puisse demeurer en Jésus, cet homme mortel promis à bien des souffrances. Les juifs attendent un Messie triomphant, pas celui annoncé par la prophétie d’Isaïe, celle que nous avons entendue en première lecture : “J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats” (Is 50, 5-9a).


Simon-Pierre fait partie de ces juifs qui ne comprennent pas comment la gloire de Dieu pourrait cohabiter avec la souffrance et le dénuement. D’ailleurs, nous non plus ne comprenons pas toujours la nécessité d’en passer par là. Alors, on en veut un peu à Jésus de réprimander si sévèrement Simon-Pierre : “Passe derrière moi Satan !” ...


Saint Simon-Pierre n’est pas Satan, Jésus le sait bien. Ce mot, “Satan”, est à prendre dans son sens littéral : il signifie “obstacle”, “adversaire”. Et c’est vrai, à ce moment précis, Simon-Pierre fait obstacle au Christ : il lui barre la route, il ne reconnaît pas à Jésus le droit d’avancer sur un chemin de souffrance.


La réponse de Jésus à Simon-Pierre n’est pas si violente. Jésus lui dit simplement : “Tu me fais obstacle, passe derrière moi.” Passe derrière moi, ça veut dire “retourne à ta place, qui est celle du disciple”. Quand Jésus a appelé ses apôtres au début de l’évangile, il leur avait dit : “Venez à ma suite”. C’est cela être disciple, c’est la première et la seule des exigences. Tous ici, nous sommes disciples parce que nous choisissons de marcher dans les pas de Jésus, à la lumière de son Évangile.


Parfois, cette exigence fait peur. “Si quelqu’un veut marcher à ma suite”, dit Jésus, “qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive.” La croix nous fait peur, bien évidemment. Alors Jésus prend le temps de nous expliquer la nature du sacrifice qu’il attend de nous : “Qui perd sa vie à cause de moi et de l’Évangile la sauvera”. Qu’est ce que cela signifie ? Qu’avons-nous à perdre pour être disciple de Jésus ? De quelle vie s’agit-il ?


Il existe trois mots en grec pour désigner la vie. Le mot “zoë”, le mot “bios” et le mot "psukè". L’évangéliste Marc n’utilise pas le mot “zoë” pour rapporter les propos de Jésus sur la vie que nous devons perdre.


  • “Zoé”, c’est le simple fait d’exister. Jésus ne nous demande donc pas de renoncer à la vie et de mourir.

  • Marc n’utilise pas non plus le mot “bios”, qui désigne notre vie relationnelle, sociale ou politique. Jésus ne nous demande pas de renoncer à nos amitiés, à notre travail ou à notre engagement dans la cité. Il nous place au cœur du monde, il ne fait pas de nous des moines.

  • Marc utilise le mot “psukè” pour désigner la vie qu’il nous faut perdre. La psukè, c’est notre caractère, notre psychisme, tout ce qui a trait à notre psychologie.. On pourrait dire : notre façon de regarder les personnes, les choses, les évènements. Et c’est cela que le disciple est appelé à perdre. Jésus nous demande de renoncer à notre propre regard sur les personnes, les choses et les évènements pour que nous adoptions le sien, sa manière de voir et de comprendre toutes choses.


C’est un vrai sacrifice ! Mais un doux sacrifice. Ce regard, celui que nous présentent les Évangiles, c’est le regard de Père des Cieux, un regard que Jésus imite en tout. Attentif à chacun, à commencer par ceux qui souffrent. Un regard d’espérance, qui redonne confiance à celui qui en manque. Un regard qui voit les injustices et qui démasque les hypocrisies, un regard qui sait juger, apprécier, pardonner. Alors, la vie nous sera redonnée. Autre, mais plus belle.


Amen.

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