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Question d'identité

Homélie du mercredi 4 janvier 2023 (1Jn 3, 7-10)




Lecture de la première lettre de saint Jean


Petits enfants, que nul ne vous égare :

celui qui pratique la justice

est juste comme lui, Jésus, est juste ;

celui qui commet le péché est du diable,

car, depuis le commencement, le diable est pécheur.

C’est pour détruire les œuvres du diable

que le Fils de Dieu s’est manifesté.

Quiconque est né de Dieu

ne commet pas de péché,

car ce qui a été semé par Dieu demeure en lui :

il ne peut donc pas pécher,

puisqu’il est né de Dieu.

Voici comment se manifestent les enfants de Dieu

et les enfants du diable :

quiconque ne pratique pas la justice

n’est pas de Dieu,

et pas davantage celui qui n’aime pas son frère.


- Parole du Seigneur



Homélie


Le jour de Noël et le jour de l’Epiphanie, c’est pareil. Dans les deux cas, on célèbre Dieu qui s’est fait homme. La seule chose qui change, ce sont les spectateurs. La première fois, ce sont les privilégiés, les initiés. C’est-à-dire les bergers. Les bergers sont pauvres, alors ils sont les premiers à qui Dieu se manifeste. C’est la logique de l’Évangile. Les plus fragiles d’abord, les autres ensuite.


Les autres, justement, ce sont les trois mages. Des hommes riches et cultivés. Dieu se révèle à eux aussi, mais après. Moyennant quoi, ils ont tout compris. Ils apportent de la myrrhe, avec laquelle on enterre les morts. Une façon de dire : “Toi, on a compris que tu es un homme, comme nous. Parce que tu vas mourir”. Ils apportent de l’encens, avec lequel on célèbre Yahvé au Temple. Une manière de dire : “Toi, tu n’es pas seulement un homme, tu es notre Dieu.” Enfin, ils apportent de l’or pour dire : “Puisque tu es notre Dieu, tu es notre Roi et nous, tes serviteurs.”


Ce qui est complètement fou, c’est que ce que l’on découvre ici de Jésus s’applique à nous aussi. Nous sommes divinisés parce que, dès notre conception, c’est la vie-même de Dieu qui nous anime. De vie, il n’y en a pas d’autre. Et nous sommes humains, c’est-à-dire qu’en recevant la vie divine, nous avons aussi reçu un corps. Un corps certes bien fragile, mais qui nous permet de rendre visible ce qui, en nous, demeure invisible : Dieu.


Ainsi, quand nous célébrons Noël ou l’Epiphanie, nous contemplons non seulement le mystère de Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu ; mais notre propre mystère, nous qui sommes déjà divinisés et revêtus de chair. Toute la vie chrétienne consiste à réaliser de plus en plus combien nous avons été créés par Dieu à son image et à sa ressemblance. Et si nous vivions un peu plus à la mesure de ce grand mystère, nous serions éblouis, bouleversés, transportés par la vérité de ce que nous sommes.


La ressemblance entre l’homme et Dieu va plus loin encore. De même que les mages ont reconnu en Jésus leur Roi et sont devenus ses serviteurs ; Jésus a reconnu de quel or nous avons été façonnés au creuset et il s’est fait notre serviteur. Lui qui était le Roi, il a fait de nous des Rois.


Tout cela, il le récapitule à la perfection dans son commandement ultime : “Tu aimeras le Seigneur ton Dieu - bien sûr - mais aussi ton prochain, et enfin toi-même”. Et tu seras le serviteur de tous, parce que Dieu s’est fait homme et que l’homme a été fait Dieu.


Remarquez comment, dans la première lecture, Saint Jean parle de nous. Il dit : “Celui qui pratique la justice est juste, comme lui, Jésus, est juste”. Cela signifie que la sainteté dont nous sommes capables est en tous points semblable à la sainteté de Jésus. Celui qui se comporte ici ou là, aujourd’hui ou demain comme un saint est “comme le Christ”.


En ce début de nouvelle année, je nous souhaite - d’abord - de bien comprendre qui nous sommes, de bien mesurer la densité de notre être, façonné par Dieu, habité par Dieu, et semblable à Dieu. Ensuite, je nous souhaite de vivre à la hauteur de notre propre mystère et déterminés à agir en cohérence avec notre identité la plus profonde : en serviteurs de Dieu et de tous les hommes, ses enfants.


Amen.

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