Quand Luc corrige Isaïe

Homélie du jeudi 6 janvier 2022 (Lc 4, 14-22a)




Évangile de Jésus Christ selon saint Luc


En ce temps-là,

lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit,

revint en Galilée,

sa renommée se répandit dans toute la région.

Il enseignait dans les synagogues,

et tout le monde faisait son éloge.

Il vint à Nazareth, où il avait été élevé.

Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat,

et il se leva pour faire la lecture.

On lui remit le livre du prophète Isaïe.

Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :

L’Esprit du Seigneur est sur moi

parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction.

Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres,

annoncer aux captifs leur libération,

et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,

remettre en liberté les opprimés,

annoncer une année favorable

accordée par le Seigneur.

Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit.

Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.

Alors il se mit à leur dire :

« Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture

que vous venez d’entendre. »

Tous lui rendaient témoignage

et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche.


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


Nous connaissons tous bien ce passage de l’évangile où Jésus prend solennellement la parole à la synagogue pour dire qu’aujourd’hui s’accomplit la grande prophétie d’Isaïe, c’est-à-dire le salut de Dieu pour les hommes (Is 61).


Je vous propose simplement ce matin/ce soir de faire un parallèle entre cette fameuse prophétie et ce que nous en rapporte l’évangile. On aurait pu s’attendre à ce que Luc fasse un copier-coller mais il triche un peu et change le texte d’Isaïe : il ajoute une prophétie et il en retire une.


Pour nous, ces deux corrections sont intéressantes car elles nous apprennent en quoi Jésus est différent de ce que nos pères dans la foi espéraient.


Ecoutons d’abord la prophétie qui a été retirée, je cite : “Le Seigneur m’a envoyé proclamer un jour de vengeance pour notre Dieu”. Il est vrai que le peuple d’Israël attendait une vengeance de Dieu sur les méchants, qu’il s’agisse des armées de Pharaon, de celles de Nabuchodonosor ou celles de Rome, au temps de Jésus. Plus fondamentalement, le peuple croyant attendait une revanche sur les méchants de tous ordres. Le Messie devait au mieux les faire disparaître, a minima les empêcher de nuire.


Et le Sauveur qui vient, Jésus, tient un tout autre discours : “Laissez pousser l’ivraie avec le bon grain. Dieu fait pleuvoir sur les bons comme sur les méchants”. Une stratégie divine que nous-mêmes avons du mal à accepter. A chaque fois que nous ne parvenons pas à pardonner celui qui nous a fait du mal, nous sommes nostalgiques de cette vieille espérance d’Israël, celle d’un Dieu vengeur.


La deuxième correction apportée à la prophétie d’Isaïe, c’est un ajout. Saint Luc insère la phrase suivante : “Le Seigneur m’a envoyé remettre en liberté les opprimés”. Un ajout qu’on lui pardonne volontiers, car Isaïe fait cette prophétie par ailleurs, dans un autre texte (Is 58). Mais cet ajout n’est pas neutre. Il apprend au bon peuple juif que lui aussi a besoin d’être libéré. Non seulement les prisonniers mais les hommes libres. Non seulement les méchants mais les justes.


Jésus vient à Israël en disant : “Je viens d’abord pour Israël, mais pas seulement pour lui. Je viens sauver l’humanité entière, de l’homme dévot au mécréant, de celui dont l’âme est malade à celui qui se pense en bonne santé”.


Bonne nouvelle pour nous tous, à condition d’accepter que le pardon et le salut que nous célébrons maintenant soient célébrés pour tous, y compris pour celui qui me fait souffrir.


Que Dieu nous aide à faire une place dans notre coeur et notre prière à celui que nous n’aimons pas encore. Nous ne serons pas sauvés sans lui.


Amen.

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