Homélie du mardi 17 mars 2020 (Mt 18, 21-35)



La symbolique du 70 fois 7 fois fait allusion à un passage du livre de la Genèse où Dieu dénonce la surenchère permanente de la violence : Lamek, un descendant de Caïn, dit trouver vengeance en tuant "un homme pour un homme" et "un enfant pour une meurtrissure". Il conclut en disant : "ainsi, Caïn est vengé 7 fois, Lamek 70 fois 7 fois".


Nous avons ici un bel exemple du "mécanisme mimétique" à l’origine de la violence telle que la dénonce René Girard. Selon cet anthropologue chrétien, l’homme se construit dans l’imitation de l’autre. L’enfant imite ses parents puis ses grands frères et sœurs, ses amis, etc. La difficulté survient quand l’individu en vient à désirer ce que l’autre possède et qu'il n’a pas. On observe par exemple que des enfants peuvent jouer en paix pendant un certain temps, chacun avec son jouet… Mais à partir du moment où un enfant commence à désirer le jouet de l’autre, il se désintéresse du sien pour s’accaparer celui de son voisin. Peu à peu l’objet même du conflit disparaît dans le feu de la rivalité. Au fond, l’enfant ne désire pas tant le jouet que le fait de posséder ce que l’autre a. La seule obsession des deux rivaux consiste bientôt à vaincre l’autre plutôt qu’à conquérir l’objet.


Caïn préfère tuer Abel plutôt que de le savoir jouir seul de l’élection divine. Notre Lamek se situe dans la même dynamique mortelle : il sacrifie sa vie à un régime de violence aveugle pour honorer la mémoire de son ancêtre, pour imiter Caïn.


Un peu plus loin dans le livre de l’Exode, la loi du Talion veut limiter le phénomène de la violence mimétique en mesurant la juste compensation d’une offense : "vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure, plaie pour plaie » (Ex 21, 24-25). Mais cette règle ne suffit pas à mettre un terme à la violence, chaque compensation d’une offense constituant en fait un nouvel affront.


Le discours de Jésus est clair. A chaque offense il faut opposer le pardon, 70 fois 7 fois, autant que d’affronts de la part de Lamek. La démesure de la miséricorde à laquelle nous invite Jésus correspond à la démesure du pardon qu’il offre à l’humanité pécheresse. La parabole de ce jour en témoigne clairement : la somme à rembourser par le pécheur est si colossale que seule la remise inconditionnelle de la dette peut le remettre à flots.


C’est fort de cette connaissance du pardon total de Dieu à notre encontre que nous pouvons à notre tour pardonner gratuitement à ceux qui nous ont offensés, quelle que soit leur dette envers nous, en acceptant de prendre pour modèle non plus Lamek mais le Christ.


"Le pardon", disait Jean-Paul II, "est avant tout un choix personnel, une option du cœur qui va contre l’intérêt spontané de rendre le mal pour le mal. Cette option trouve son élément de comparaison [son mimétisme] dans l’amour de Dieu qui nous accueille malgré nos péchés ; son modèle suprême est le pardon du Christ qui a prié ainsi sur la croix : 'Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font'" (Lc 23, 43).


Amen.


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