Liberté d'expression...

... Devoir de fraternité.




Que faut-il donc entendre par « liberté d’expression » ? Je commencerai par dire ce qu’elle n’est pas. Elle ne consiste pas, comme certains ont tendance à le penser, à pouvoir tout dire, tout écrire, tout dessiner. Il est interdit, par exemple, au nom de cette liberté, de dessiner des croix gammées sur les tombes d’un cimetière. Et éduquer nos enfants à la liberté d’expression ne doit pas leur laisser entendre qu’il leur est permis d’insulter leurs parents et leurs enseignants. Ils leur doivent le respect.


Conjuguer liberté d’expression et devoir de fraternité

En fait, notre République, dans sa devise inscrite sur tous les frontons de nos mairies, associe la notion de liberté à celle de fraternité. Et, si la liberté est un droit, la fraternité, quant à elle, est un devoir. Vivre en frères ne relève pas du droit, mais du devoir. La liberté d’expression doit donc être associée, à mes yeux, avec le devoir de fraternité qui impose le respect de chacun dans ses convictions, qu’il soit croyant ou incroyant. Il s’agit donc d’éduquer à la liberté d’expression dans le cadre de ce respect mutuel. Il nous faut toujours apprendre à conjuguer liberté d’expression et devoir de fraternité. [...]


J’en viens au fameux « droit à la caricature », dont il est tant question aujourd’hui. La caricature est un art et, pour ma part, je considère les caricaturistes comme des artistes [...] Il s’agit, pour le caricaturiste, de faire rire, en aidant le lecteur à prendre un peu de distance par rapport à ses préjugés et à ouvrir le champ de sa réflexion personnelle. Mais le but est de faire rire et non pas de blesser.


En ce qui me concerne, je me suis senti parfois profondément blessé par certaines caricatures du Christ au caractère éminemment vulgaire. Alors, je comprends tout à fait la blessure que ressentent certains de mes amis musulmans, lorsque l’on caricature de manière grossière leur prophète. L’œuvre du caricaturiste doit être habitée par le respect des personnes à qui il s’adresse.


Il ne s’agit pas alors, comme je l’entends ici ou là, de vouloir résumer la laïcité au droit de publier n’importe quel type de caricature, mais de rappeler que la laïcité est le moyen que se donne l’État pour être le garant de la fraternité entre tous les citoyens français, quelles que puissent être leurs convictions religieuses ou athées. Telle est, à mes yeux, la conception républicaine de la laïcité : une laïcité de la concorde sociale.


Mais est apparue, au début du vingtième siècle, [...] une seconde conception de la laïcité que, pour ma part, je qualifierais de laïcisme, où il s’agirait en quelque sorte d’éradiquer le fait religieux. Il n’est alors plus question, pour les institutions de la République, d’être garantes de la possibilité donnée à chacun d’exprimer ses convictions de foi, mais d’interdire en leur sein toute forme d’appartenance à un courant religieux. La laïcité est ainsi érigée en une sorte d’idéologie antireligieuse, bien éloignée de la conception de la loi de 1905. Il s’agit alors d’une laïcité, non pas de la concorde, mais du combat.


Or, si nous voulons dans notre république laïque exiger de tous les musulmans qu’ils respectent ceux qui ne partagent pas leurs convictions religieuses – et c’est d’ailleurs le cas de la grande majorité d’entre eux –, il nous faut aussi respecter leurs convictions, même si elles ne sont pas nôtres. Le but de la laïcité, c’est la concorde et non la division, la fraternité et non la fracture. Promouvoir la laïcité, prévenir la violence, c’est éduquer au respect.


Jean-Marie Petitclerc,

Salésien de Don Bosco.



Extrait de la tribune du 2 novembre 2020 du quotidien La Croix.


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