La Parole surgit au désert

Homélie du dimanche 5 décembre 2021 (Lc 3, 1-6)




Évangile de Jésus Christ selon saint Luc


L’an quinze du règne de l’empereur Tibère,

Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée,

Hérode étant alors au pouvoir en Galilée,

son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide,

Lysanias en Abilène,

les grands prêtres étant Hanne et Caïphe,

la parole de Dieu fut adressée dans le désert

à Jean, le fils de Zacharie.


Il parcourut toute la région du Jourdain,

en proclamant un baptême de conversion

pour le pardon des péchés,

comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète :

Voix de celui qui crie dans le désert :

Préparez le chemin du Seigneur,

rendez droits ses sentiers.

Tout ravin sera comblé,

toute montagne et toute colline seront abaissées ;

les passages tortueux deviendront droits,

les chemins rocailleux seront aplanis ;

et tout être vivant verra le salut de Dieu.


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


L’évangile d’aujourd’hui commence par l’énumération des personnes connues de l’époque. Non pas Emmanuel Macron, Olivier Véran ou le pape François mais Tibère, Ponce Pilate, Hérode, Caïphe. Sans oublier Lysanias, prince d’Abilène, qui était très certainement un homme très très important ! Oui, tous très importants… Sauf qu’on les a oubliés depuis longtemps, comme on oubliera les gens importants d’aujourd’hui : présidents, rois ou ministres.


Cela, Saint Luc le sait. S’il nous propose ce défilé de célébrités en forme de nécrologie, c’est probablement pour que nous n’attendions pas trop de nos propres dirigeants. Pendant que tous ces braves gens s’agitent dans leurs palais en croyant mener le monde, une chose importante advient, une chose qui changera la face du monde à tout jamais : le surgissement de la Parole de Dieu au désert.


Avec le recul, nous savons que cette Parole consiste à montrer le Christ, Dieu fait homme, mort et ressuscité par amour pour nous, pour nous sauver et nous associer définitivement à sa gloire, par le baptême. Mais dans cet évangile, rien ne transparaît encore de tout cela.


Aujourd’hui, nous n’avons que cette déclaration toute sèche à nous mettre sous la dent : “La parole de Dieu fut adressée à Jean dans le désert”. Rien d’autre. Rien d’extraordinaire, rien de sensationnel. Pourtant, nous aimerions bien avoir un accès direct à la Parole de Dieu, l’entendre de façon claire et évidente. Un peu comme les musulmans pour qui le Coran aurait été dicté par Allah à Mahomet au cours d’une transe. Parmi les chrétiens aussi, il se trouve des personnes qui prétendent communiquer la parole de Dieu de façon immédiate, comme s’ils étaient en relation directe avec lui. Il arrive que des chrétiens confondent la Parole de Dieu avec la parole du prêtre ou du pape, ou avec leur propre parole !


A ceux-là, l’évangile d’aujourd’hui nous le redit : “Nul ne peut prétendre mettre la main sur la parole de Dieu. Ni les gens importants, ni les grands-prêtres, ni aucun d’entre nous.” La Parole de Dieu se fait entendre au désert, dans le silence, en ces moments où nous sommes libres de tout encombrement, de toute agitation et que nous prenons le temps de nous pencher sur les Écritures Saintes. Non pour y trouver une sorte de message concluant et salutaire mais pour entrer en relation avec Dieu qui, par sa Parole, nous façonne progressivement.


C’est ce qui se produit chez Jean le Baptiste. Nous ne connaissons pas le contenu de la Parole qui lui est adressée au désert, mais nous en voyons les effets. La Parole de Dieu le met en mouvement. Voici que Jean se met à “parcourir toute la région du Jourdain”, proposant à d’autres l’expérience du désert.


Le temps de l’Avent, c’est le temps par excellence de ce retrait au désert, dans le calme de notre maison ou de notre chambre, pour laisser la Parole de Dieu retentir en nous. Il ne s’agit pas d’y déceler une maxime de vie ni même un conseil pour la semaine à venir. Il s’agit de laisser cette histoire de la rencontre entre Dieu et les hommes nous toucher, nous inspirer.


Si nous suivons ce chemin, Jean prédit la grâce d’une conversion, d’un renouveau et d’un pardon. Pourquoi un pardon ? Pardonner, “perdonner” en vieux français, cela signifie “donner à travers”, “donner en perçant”. Quand Dieu pardonne, il donne en perçant les défenses subtiles que nous avons construites pour ne pas être dérangés par le Seigneur. C’est là le premier fruit de la Parole de Dieu quand nous la laissons résonner en nous : la carapace où nous étions engoncés se trouve perforée, lézardée. La lumière peut entrer et la grâce faire son œuvre.


Ce qui a de l’importance, c’est que nous ayons le cœur ouvert à la Parole de Dieu. Ouvrir une route à Dieu dans nos vies, cela ne peut se faire que par le retentissement de sa Parole en chacun de nous. Ainsi, dit Jean-Baptiste, “tout homme verra le salut de Dieu”.


Amen.

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