L'Arche bouleversée

L’Arche publie les résultats de l’enquête sur son fondateur.


Le contexte

Dans une lettre adressée le 22 février à l’ensemble de la fédération, les responsables de l’Arche Internationale ont rendu publiques les conclusions de l’enquête qu’ils avaient confiée à un organisme externe et indépendant. Cette enquête portait notamment sur des témoignages mettant en cause son fondateur, Jean Vanier, et son lien historique au père Thomas Philippe qu’il désignait comme son père spirituel.


L’enquête a été confiée à GCPS, un organisme indépendant basé au Royaume-Uni dont la mission est d’aider les institutions à améliorer leurs systèmes de prévention et de signalement des abus. Dans le souci de témoigner de l’intégrité, la qualité et la légitimité de l’enquête, l’Arche a aussi instauré un comité de Surveillance Indépendant composé de deux anciens hauts fonctionnaires français, sans lien avec l’Arche.



Les résultats de l'enquête


Au cours de cette enquête, des témoignages sincères et concordants portant sur la période 1970-2005 ont été reçus de six femmes adultes non handicapées, qui indiquent que Jean Vanier a initié avec elles des relations sexuelles, généralement dans le cadre d’un accompagnement spirituel et dont certaines ont gardé de profondes blessures. Ces femmes, sans lien entre elles, rapportent des faits similaires, associés à un discours supposément spirituel ou mystique destiné à les justifier. Ces agissements indiquent une emprise psychologique et spirituelle de Jean Vanier sur ces femmes et soulignent son adhésion à certaines des théories et pratiques déviantes du père Thomas Philippe.


Rien dans l’enquête ne permet de penser que des personnes en situation de handicap ont été concernées.


Les responsables de L’Arche Internationale, Stephan Posner et Stacy Cates Carney, écrivent dans une lettre adressée aux membres de l’Arche le 22 février 2020 :


"Nous sommes bouleversés par ces découvertes et nous condamnons sans réserve ces agissements en totale contradiction avec les valeurs que Jean Vanier revendiquait par ailleurs, incompatibles avec les règles élémentaires de respect et d’intégrité des personnes, et contraires aux principes fondamentaux de nos communautés.

[…] Nous reconnaissons le courage et la souffrance de ces femmes, et de celles aussi qui, peut-être aujourd’hui encore, resteraient dans le silence. Nous voulons dire aussi notre gratitude aux femmes qui, il y a quelques années, ont brisé ce silence au sujet du père Thomas Philippe et ont ainsi aidé d’autres à se libérer d’un fardeau injuste de honte et de peine. À toutes, pour ces faits qui se sont déroulés dans le contexte de l’Arche et dont certains ont été initiés par notre fondateur, nous demandons pardon […] Pour beaucoup d’entre nous, Jean [Vanier] a compté parmi les personnes que nous avons aimées et respectées le plus. Nous mesurons le trouble et la douleur que ces informations vont provoquer chez beaucoup d’entre nous, à l’intérieur de l’Arche, mais aussi à l’extérieur… tant il aura inspiré et réconforté de nombreuses personnes partout dans le monde. Si le bien considérable qu’il fit tout au long de son existence n’est pas mis en question, nous allons cependant devoir faire le deuil d’une certaine vision que nous pouvions avoir de lui ainsi que de nos origines."



Une épreuve aussi pour la paroisse


L'Arche d'Aigrefoin et la paroisse de Port-Royal sont deux communautés amies depuis longtemps. Notre peine et notre déception sont communes et affectent plus largement l'Eglise et toutes les personnes bouleversées comme nous par la souffrance des personnes abusées.

Passée la sidération, il nous faudra comprendre comment l'Evangile a pu être servi et dévoyé dans ces proportions par le même homme. Tous, nous sommes capables de porter de beaux fruits, même si nous nous savons de piètres pécheurs. Mais quand un homme brille autant de la sainteté qu'on lui prête, peu d'espace nous est laissé pour en mesurer avec lucidité l'ambiguïté et le péché.


"Cette découverte douloureuse interroge la conception que nous avons de la sainteté et, plus largement, du témoignage."

A mon sens, cette découverte douloureuse interroge la conception que nous avons de la sainteté et, plus largement, du témoignage. Il existe une certaine conception du témoignage, notamment chez les prêtres, qui voudrait que les témoins de Jésus participent à l'esthétique du Christ jusqu'à en être au quotidien les icônes rayonnantes.

L'Evangile nous donne un autre son de cloche. "Le plus grand des prophètes" que nous révèle l'Ecriture est Jean-Baptiste, celui qui met sa joie à diminuer pour que Jésus grandisse. Le modèle de sainteté que nous présente la sainte famille est aussi celui de la discrétion. Joseph et Marie s'effacent pour désigner Jésus ; le Christ lui-même s'efface pour nous conduire au Père.


Il est vrai que le bien et le beau ont vocation à attirer, comme Jésus attirait les foules à lui dans les débuts de son ministère. Mais n'ignorons pas tous les efforts entrepris par le Christ pour passer son chemin et conduire à son Père plutôt qu'à lui-même. S'il y a une esthétique à chercher dans le témoignage chrétien, nous la trouverons ultimement dans la figure de l'Agneau malmené qui consent à disparaître pour que d'autres aient la vie et la reçoivent en abondance. Saint Paul l'a bien compris, lui qui met son orgueil dans ses faiblesses et s'émerveille de ce que la puissance de Dieu réalise en elles.


Ajuster notre conception personnelle de la sainteté et du témoignage chrétien, c'est aussi changer notre regard sur l'Eglise et sur sa mission dans le monde. L'Eglise n'est pas cette société parfaite que décrivaient encore les textes conciliaires de Vatican I ; elle n'est pas appelée à briller pour convaincre. Sa mission est de servir humblement le monde en partageant la souffrance et la responsabilité de ses blessures. Son témoignage consiste à reconnaitre les semences du Verbe et l'inspiration de l'Esprit à l'oeuvre partout dans le monde. Elle est appelée à éveiller les consciences à cette prévenance divine, en désigner l'Auteur pour que soit rendue à Dieu seul la gloire qui lui revient.



La réaction de l'Arche


L’Arche se dit déterminée à ce que ses 154 communautés à travers le monde soient des lieux de sécurité et de croissance pour tous ses membres, avec ou sans handicap. Elle compte entreprendre une évaluation approfondie et indépendante de ses mesures actuelles de prévention des abus et de protection des personnes. En complément de celles déjà existantes au niveau local, l’Arche Internationale a mis en place une procédure centralisée de signalement à laquelle tous ses membres peuvent avoir accès dans un cadre sûr et confidentiel. Les informations ou les signalements reçus sont traités par une commission composée pour partie de personnes extérieures à l’Arche.



En savoir plus


Je vous recommande le visionnage de l'entretien de KTO avec Stéphane Posner, responsable international de l'Arche.




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