Job et Jésus, vivants.

Homélie du dimanche 7 février 2021 (Jb 7, 1-4.6-7 ; Mc 1, 29-39)



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Lecture du livre de Job


Job prit la parole et dit :

« Vraiment, la vie de l’homme sur la terre est une corvée,

il fait des journées de manœuvre.

Comme l’esclave qui désire un peu d’ombre,

comme le manœuvre qui attend sa paye,

depuis des mois je n’ai en partage que le néant,

je ne compte que des nuits de souffrance.

À peine couché, je me dis :

“Quand pourrai-je me lever ?”

Le soir n’en finit pas :

je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube.

Mes jours sont plus rapides que la navette du tisserand,

ils s’achèvent faute de fil.

Souviens-toi, Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle,

mes yeux ne verront plus le bonheur. »


– Parole du Seigneur.



Évangile de Jésus Christ selon saint Marc


En ce temps-là,

aussitôt sortis de la synagogue de Capharnaüm,

Jésus et ses disciples allèrent, avec Jacques et Jean,

dans la maison de Simon et d’André.

Or, la belle-mère de Simon était au lit,

elle avait de la fièvre.

Aussitôt, on parla à Jésus de la malade.

Jésus s’approcha,

la saisit par la main

et la fit lever.

La fièvre la quitta,

et elle les servait.


Le soir venu, après le coucher du soleil,

on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal

ou possédés par des démons.

La ville entière se pressait à la porte.

Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies,

et il expulsa beaucoup de démons ;

il empêchait les démons de parler,

parce qu’ils savaient, eux, qui il était.


Le lendemain, Jésus se leva, bien avant l’aube.

Il sortit et se rendit dans un endroit désert,

et là il priait.

Simon et ceux qui étaient avec lui partirent à sa recherche.

Ils le trouvent et lui disent :

« Tout le monde te cherche. »

Jésus leur dit :

« Allons ailleurs, dans les villages voisins,

afin que là aussi je proclame l’Évangile ;

car c’est pour cela que je suis sorti. »


Et il parcourut toute la Galilée,

proclamant l’Évangile dans leurs synagogues,

et expulsant les démons.


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


Jésus est partout, dans cet évangile. Il est présent le matin, quand un démoniaque est délivré de ses liens ; il est présent le soir, quand on lui présente tous ceux qui souffrent. Il est présent le jour du sabbat, mais il est présent aussi après la clôture du sabbat. Il se tient dans l’enceinte sacrée de la synagogue, mais on le retrouve aussi dans les lieux profanes. On le croise dans l’espace public, aux portes de la ville, mais il est là aussi dans l’intimité familiale des maisons. Jésus est partout. Si nous regardons maintenant la manière dont il se rend présent, c’est autant par la parole que par l’action. Et si nous nous attardons sur les fruits de sa présence, ils sont partout, eux aussi. Et ils sont magnifiques : les guérisons concernent le corps, l’âme et l’esprit ; les aliénations mentales et les infirmités physiques…


Juste avant ce récit où Jésus est partout, nous avons entendu le témoignage de Job, où la grâce du Christ semble à l’inverse totalement absente. “Depuis des mois, dit Job, je n’ai en partage que le néant. Je ne compte que des nuits de souffrance. À peine couché, je suis envahi de cauchemars jusqu’à l’aube.” Un peu plus loin, Job dira : “J’en arrive à souhaiter qu’on m’étrangle : la mort plutôt que mes douleurs. Je suis à bout, laisse-moi” (Jb 7, 16-21).


Le contraste entre ces deux témoignages est saisissant. Ils ont été rédigés à plus de six-cents ans d’écart mais quand on les lit à la suite, comme ce matin, ils nous laissent un sentiment bizarre. Nous refermons la Bible avec l’impression qu’il s’agit de deux situations extrêmes, somme toute éloignées de notre quotidien. Parce que le plus souvent, notre vie ne ressemble ni à l’enfer de Job, ni aux merveilles de l’Évangile.


De là à penser que ces textes n’ont rien à nous dire, il n’y a qu’un pas.


Pour ma part, je crois plutôt que ces deux textes racontent la vraie vie. Une vie où se côtoient la misère et la splendeur. Si nous restons étrangers à ces deux sommets, nous sommes déjà morts au-dedans de nous-mêmes. Est vivant celui qui embrasse la vie tout entière, sans craindre la misère et la mort, sans craindre non plus Dieu et sa gloire.


En ce sens, Job et Jésus sont vivants. Est vivant celui qui sort de lui-même et de son confort pour aller à la rencontre de Dieu comme de celui qui souffre.

Job aurait pu rester muré dans la souffrance. Mais d’elle, il a fait une prière. Job n’a jamais cessé de prier. Et quand il articule ces mots : “Je suis à bout, laisse-moi”, Job demeure encore avec Dieu et Dieu avec Job. Job est vivant.

Quant à Jésus, il aurait pu rester muré dans la splendeur de sa divinité. Mais sa splendeur, il la trouve désormais dans le service de notre humanité blessée, sans fuir ce que cela exige de compassion. Jésus est vivant.


Voici donc le chemin que l'Écriture nous trace aujourd’hui. Dans le livre du Deutéronome, on peut lire : “Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi : ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur” (Dt 30, 15)...

A la lumière des textes de ce jour, la vie et le bonheur ne consistent pas à fuir la mort et le malheur que les autres supportent mais à demeurer auprès d’eux, au prix de nos propres larmes.


Pareillement, la vie et le bonheur ne consistent pas à nous protéger indéfiniment de la maladie et de la mort mais de nous y préparer dans la confiance, sûrs que Dieu saura donner toute sa splendeur à notre dernier souffle.


Dans un monde ultra médicalisé, nous sommes les prophètes d’un autre rapport à la vie. Nous nous réjouissons d’être les miraculés d’une médecine de plus en plus performante mais nous savons bien que nos guérisons sont toujours provisoires. Tout ce qui nous arrive ici-bas n’est encore que le signe du Royaume. Maladie et guérison, angoisse de la fin pressentie et joie de la santé recouvrée… Tout cela est provisoire. Ce ne sont que des signes, presque des sacrements du mystère de Pâques vers lequel nous progressons jour après jour.


Être vivant au sens où Dieu l’entend, c’est accepter cela en nous et en l’autre et apprendre patiemment à nous en réjouir.


Amen.


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