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Homélie de la messe d’installation du Père Alban Vallet comme curé


Dimanche 17 septembre 2023 - 24ème dimanche du Temps Ordinaire


Mgr Luc Crepy, évêque de Versailles






Ces dernières semaines, la Parole de Dieu nous invitait à réfléchir à la vie fraternelle, en particulier dans nos communautés : comment nos paroisses donnent-elles un témoignage d’une vie fraternelle ? Aujourd’hui, il nous faut aller plus loin, peut-être sur un chemin plus difficile. Il s’agit du pardon ! Pardonner ? Sommes-nous capables de pardonner ? Sommes-nous des disciples du Christ qui osent pardonner ? Le pardon constitue une attitude difficile. Pourtant la Bible nous y invite fréquemment, comme nous l’entendons dans les lectures de ce jour. Ben Sira le Sage nous exhorte : ni rancune, ni vengeance, pas de colère qui couve, ni de haine d’autrui (Cf. Si 27,30). Le psaume rend grâce pour le pardon de Dieu, sans cesse donné aux pécheurs : « Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés. » (Ps 102) Et Jésus raconte cette parabole du serviteur impitoyable, incapable de pardonner alors que son maître lui a remis une dette incommensurable.


Rappelons-nous aussi que nous avons commencé notre messe en demandant à Dieu pardon pour nos fautes, et nous avons reçu ce pardon de Dieu : « Que Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde, qu’il nous pardonne nos péchés et nous conduise à la vie éternelle. » Nous sommes ainsi accueillis à l’église, à l’ouverture de toute célébration eucharistique par le don de Dieu dans son pardon pour chacun et chacune de nous. Tout à l’heure, dans la grande prière que Jésus a apprise à ses disciples, nous demanderons à Dieu de nous pardonner nos péchés « comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés » et nous nous donnerons la paix – la paix du Christ – les uns aux autres.


Il est clair que nous avons du mal à pardonner et, face à certaines situations intolérables et inhumaines, il ne semble pas possible de pardonner. Pourtant, le Christ nous appelle à pardonner sans cesse, à oser pardonner jusqu’au bout. C’est ce que nous découvrons avec l’Évangile : Pierre pensait être généreux en pardonnant jusqu’à sept fois, ce qui paraît déjà beaucoup ! Jésus va bien plus loin : pardonner jusqu’à “70 fois sept fois” c’est-à-dire pardonner encore et toujours. Ces paroles nous paraissent impossible à réaliser et, peut-être, inaudibles pour certains qui ont été très profondément blessés par telle ou telle personne. Jésus invite Pierre, c’est-à-dire nous tous, à franchir l’étape définitive, celle du pardon sans limites, tel que lui-même – le Crucifié – le vivra dans sa passion. Ce qu’il nous demande, il l’a vécu jusqu’au bout : trahi et condamné injustement, il a été bafoué, torturé et mis à mort sur une croix. Rappelons-nous ses derniers mots, avant sa mort : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34) Il demande à son Père de leur pardonner. C’est dans le pardon même de Dieu qu’il pose son dernier regard sur ceux qui l’ont crucifié. Entrer dans l’immense pardon de Dieu pour nous et pour les autres, nous aide à pardonner.


C’est ce que souligne la parabole de ce jour. On amène à ce roi un de ses serviteurs qui devait dix mille talents (soixante millions de pièces d’argent). C’est une somme énorme, absolument impossible à rembourser. C’est notre situation à nous tous. Jésus nous fait comprendre où nous en sommes vis-à-vis de Dieu : la démesure de cette dette est une image de de notre relation à Dieu : Dieu nous pardonne sans cesse et, nous sans cesse, nous retombons dans le péché. Devant lui, nous sommes des débiteurs incapables de rembourser. C’est ce pardon sans cesse renouvelé de Dieu dont nous devons prendre conscience et qui nous transforme de l’intérieur. Plus je prends conscience du pardon de Dieu dans ma vie, plus j’apprends à pardonner, plus mon cœur devient miséricordieux. Malheureusement, le serviteur, à qui le roi a remis cette dette incommensurable, ne s’est pas laissé toucher par la bonté de son maître : la remise extraordinaire de sa dette n’a pas transformé son cœur. Et il se montre intraitable pour son compagnon qui lui doit peu de chose. Il ne s’est pas laissé transformer par le pardon reçu, son cœur est demeuré sec et incapable de pardonner à son tour. L’amour de Dieu nous change, nous transforme : « Pardonner ce n’est pas ignorer mais transformer : Dieu doit entrer dans ce monde et opposer à l’océan de l’injustice un plus grand océan du bien et de l’amour. » (Benoît XVI, 24 juillet 2005).


Plus nous accueillons le pardon de Dieu en nos vies, plus nous devenons capables de pardonner. En parlant du pardon, nous n’oublions pas que le Christ nous a donné un sacrement pour l’accueillir. Dans le sacrement de réconciliation – la confession – Dieu nous pardonne et la grâce – la force – de ce sacrement, c’est aussi de nous rendre capable de pardonner, de devenir des hommes et des femmes de pardon dont notre monde a tant besoin. C’est que je souhaite à votre paroisse : une communauté où le pardon règne entre vous pour une vie plus fraternelle, et rayonnante pour tous.


Maintenant, comme évêque, je vais poursuivre l’installation du P. Alban, votre nouveau curé, et nous allons aller ensemble en quatre lieux importants de l’église ; quatre lieux qui expriment les grandes missions d’un curé.


Nous irons d’abord au baptistère : Alban, comme curé, portez avec toute la communauté sans cesse le souci de proposer aux adultes comme aux enfants et aux jeunes d’entrer dans la grande famille des enfants de Dieu !


Puis nous irons au confessionnal où vous exercerez le ministère de la Réconciliation, de la miséricorde de Dieu : vous serez ainsi témoin de la miséricorde de Dieu, Dieu qui pardonne et relève le pécheur et l’aide à se convertir.


Puis nous irons au tabernacle. Comme un bon berger nourrit son troupeau, vous offrirez à votre communauté le Pain de Vie, le Pain eucharistique afin que chaque membre de la communauté, en communiant, prenne place dans le Corps du Christ. Rappelons aussi que le tabernacle – la réserve eucharistique – est le lieu où est conservée le pain consacré qui sera apporté aux membres souffrants et malades de la communauté. Vous veillerez à ce qu’aucune brebis ne soit abandonnée !


Enfin nous nous rendrons au siège de la présidence. Comme curé, vous avez la charge de présider à la vie de la paroisse. Présider ne signifie pas tout commander et de tout faire, mais à la suite du Christ Serviteur, exercer le service du gouvernement et de l’enseignement.


Soyez donc, cher Alban, comme aime le rappeler le pape François, le berger qui marche au milieu du troupeau à l’écoute de chacun, derrière le troupeau en discernant l’Esprit Saint à l’œuvre dans votre communauté et, devant le troupeau, afin de le guider à la suite de l’unique Pasteur qu’est le Christ. Et vous tous, chers paroissiens, accueillez votre nouveau curé avec confiance et dans la joie. De même qu’il va prendre soin de vous, vous aussi prenez soin de lui ! Amen !

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