Géraud, Mathieu et Wilfrid

Homélie du vendredi 24 juin 2022 (Jr 1, 4-10 ; Ps 70 ; 1P 1, 8-12)



Lecture du livre du prophète Jérémie


Au temps du roi Josias,

la parole du Seigneur me fut adressée :

« Avant même de te façonner dans le sein de ta mère,

je te connaissais ;

avant que tu viennes au jour,

je t’ai consacré ;

je fais de toi un prophète pour les nations. »

Et je dis :

« Ah ! Seigneur mon Dieu !

Vois donc : je ne sais pas parler,

je suis un enfant ! »

Le Seigneur reprit :

« Ne dis pas : “Je suis un enfant !”

Tu iras vers tous ceux à qui je t’enverrai ;

tout ce que je t’ordonnerai, tu le diras.

Ne les crains pas,

car je suis avec toi pour te délivrer

– oracle du Seigneur. »

Puis le Seigneur étendit la main et me toucha la bouche.

Il me dit :

« Voici, je mets dans ta bouche mes paroles !

Vois : aujourd’hui, je te donne autorité

sur les nations et les royaumes,

pour arracher et renverser,

pour détruire et démolir,

pour bâtir et planter. »


– Parole du Seigneur.



Homélie


Aujourd’hui, deux solennités se télescopent dans le calendrier liturgique. Certaines paroisses célèbrent ce soir le Sacré-Cœur de Jésus, d’autres saint Jean-Baptiste. J’ai préféré cette année nous rassembler autour de la figure de Jean-Baptiste parce qu’il est, dans le diocèse, le saint patron des jeunes qui réfléchissent à devenir prêtres.


Parmi ces jeunes, j’ai eu la grâce d’accompagner trois d’entre eux au cours de leur année de propédeutique ; je veux parler de Mathieu, Géraud et Wilfrid. Au terme de sept à huit années de formation, ils seront ordonnés prêtres ce dimanche, à la cathédrale de Versailles. Puisque je les connais bien, permettez-moi de dire un petit mot sur chacun, afin qu’il soit plus facile pour vous de prier pour chacun d’eux et de rendre grâce pour leur consécration au service de nos paroisses, dans les Yvelines.


Quand Géraud parle de sa rencontre avec le Seigneur, il insiste souvent sur une expérience qu’il a faite à l’âge de 13 ans et dont il dit qu’elle est l’expérience la plus heureuse de sa vie. Il s’agit d’un simple moment de prière pendant lequel Géraud a pris conscience de l’amour infini que Dieu lui porte. Cette expérience, c’est aussi celle qui est racontée dans la première lecture de ce jour, quand Dieu dit à l’homme, sa créature : “Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais. Avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré.”

Cette expérience magnifique est offerte à tous mais elle ne peut surgir que dans une vie qui donne de la place au silence et à la prière. Géraud explique que l’on priait chaque jour tous ensemble dans sa famille et que cela lui a donné le goût de retrouver le Seigneur dans une prière plus personnelle.


Quand Mathieu parle de son appel, il ne fait pas d’abord allusion à sa prière mais au fait que le Seigneur vient nous rejoindre là où nous sommes, quelles que soient nos activités, pour nous poser la question du sens de notre action. “Pourquoi je me lève le matin ? Pour qui je travaille ?” Nous n’avons qu’une vie, que pouvons-nous en faire de beau ? Ainsi, Dieu s’est invité dans la vie de Mathieu par le biais d’un questionnement existentiel, puissant mais progressif. Nous pouvons dire de Mathieu ce que la deuxième lecture décrit de la vie des prophètes : “il a porté ses interrogations et ses recherches, il a cherché quel temps et quelles circonstances voulait indiquer l’Esprit du Christ”. Retenons du témoignage de Mathieu ce besoin impérieux de prendre du recul dans nos vies, de ne pas nous laisser immerger dans l’action mais de garder la tête hors de l’eau afin d’être en mesure de contempler ce qui se passe en nous et dans le monde et d’en comprendre le sens. Ainsi, nous serons comme les anges dont parle Saint Paul, eux qui “se penchent pour scruter le message”.


Si nous écoutons maintenant Wilfrid, nous retrouvons le goût de la prière de Géraud, la réflexion de Mathieu mais aussi ce simple constat : “Si je suis baptisé, je ne peux pas garder Jésus pour moi. Plein de gens ne le connaissent pas. Je veux être au service de la rencontre entre Jésus et ceux dont je croiserai le chemin”. Wilfrid semble reprendre pour lui-même les mots du psalmiste : “Ma bouche annonce tout le jour tes actes de justice et de salut. Mon Dieu, tu m’as instruit dès ma jeunesse, [maintenant] je veux proclamer tes merveilles”.


A écouter les témoignages de Géraud, Mathieu et Wilfrid, nous nous rendons compte que leur vie n’est pas si différente de la nôtre car c’est la grâce de leur baptême qui les meut. Puissent leurs témoignages nous encourager à revenir nous-mêmes au cœur de la prière, de la réflexion et de la mission.


Si ces trois jeunes ont choisi de devenir prêtres, c’est en réponse à un appel que nous portons tous, quels que soient notre vocation particulière et nos état de vie. Le sacerdoce ministériel est une manière de se laisser toucher par le Seigneur et de répondre à son appel. A chacun de trouver sa réponse personnelle, pourvu qu’elle soit généreuse.


Car il n’est pas de réponse possible en demi-teinte, quand il s’agit de Dieu et de son appel. C’est tout notre être qui est appelé à se donner, parce que le Christ s’est donné à nous le premier, sans frein. Que Dieu nous aide à y parvenir.


Amen.


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