Le témoignage de Raphaël Cornu-Thénard



Nous avons reçu ce mardi soir au centre paroissial Sainte-Marie Raphaël Cornu-Thénard, missionnaire laïc fondateur d'Anuncio, aujourd'hui convaincu par la nécessité de vivre une conversion écologique. Il nous a parlé du rapport entre l'écologie et la foi, comme il l'a fait pour les évêques de France réunis à Lourdes il y a quelques mois. Voici la transcription, en simple prise de notes, de son témoignage auprès de nous.



Je suis un nouveau converti à l’écologie. C'est assez récent, il y a un an ou deux. Je suis architecte de formation. Mon rapport à l’écologie d'alors était principalement dicté par ma connaissance des réglementations dans le bâtiment. En fait, j’étais "climato-je-m’en-fous".


J'ai retrouvé la trace d'un ami, Maxime, qui s’est beaucoup investi dans la défense de la planète. Il m’a réveillé. Grâce à lui, j'ai pris conscience de l'urgence et de la gravité de la situation.


Au départ, il m’a simplement invité à une rencontre avec plein d’écolos. Le plus souvent, ils n'étaient pas chrétiens. J'ai entendu des tas de choses sur la disparition des espèces, la culture du déchet, les effets désastreux du réchauffement climatique, etc. J'ai compris que nous vivions une crise historique. Dans ce milieu écolo que je ne connaissais pas, j’ai rencontré beaucoup de gens ouverts et généreux. Avec eux, j’ai eu des conversations extraordinaires. Beaucoup avaient lu Laudato Si, l'encyclique du pape. Avec courage, ils changeaient leur mode de vie pour s’adapter à ce contexte de crise. Ils vivaient une conversion profonde de leur comportement. J'ai vu aussi combien les jeunes étaient mobilisés à fond sur le sujet.


Par la suite, j’ai commencé à réfléchir le lien entre écologie et mission. J’ai découvert qu’il n’y avait pas de sainteté sans un rapport juste à l’environnement. Je crois que jusque-là, j’étais un chrétien "sous-formé" sur la question de la sainteté environnementale.


Comme chrétiens, on pense souvent à tort que notre corps est appelé à passer. Mais nous ne sommes pas une âme embarquée dans un véhicule qui serait notre corps, seulement pour un temps. Pour notre foi chrétienne, l'âme et corps sont indissociables et nos corps sont promis à la résurrection. Je crois que de la même manière, notre relation à la création n’est pas accessoire ou anodine.


Dans le récit de la création, quand Dieu dit que c’est “très bon”, ce n’est pas en regardant l’homme seulement mais l’homme dans la création. Le péché, je le comprends aujourd'hui comme la réintroduction du chaos dans le cosmos tel qu'il a été voulu par Dieu. Je crois que le pape François a raison de parler du "péché contre la nature". Dans son plan d’amour, Dieu veut un lien de charité entre l’homme et la nature. C'est normal, puisque Dieu a confié à l'homme la responsabilité de la création. Jeter un déchet par terre, c’est quelque part mettre du chaos dans la création divine. C'est en tout cas comme cela que je le comprends et que je le vis aujourd'hui.


Notre gérance de la création, nous l’avons comprise à tort comme un modèle de responsabilité pyramidale, comme si cela ne relevait que des hommes puissants de ce monde. Mais non. C’est une responsabilité personnelle que d'apprendre à mieux vivre et consommer. Je crois que le consumérisme est l’ennemi direct de l’évangile, l'idolâtrie majeure qui remplace le Royaume de Dieu par le Royaume du vide ou du trop plein. C'est un vrai changement de mentalité qu'il nous faut opérer. Si je prends et que je jette ce que j’ai consommé, comment puis-je ne pas faire de même avec les personnes dans mes relations affectives, avec l’embryon ?


Quoiqu'il en soit, je redécouvre maintenant la sobriété de vie. On en parle beaucoup dans les milieux écolos. Pour moi, il s’agit de la vertu de chasteté, dans notre rapport aux biens matériels. C'est une nouvelle forme d’ascèse individuelle et collective qui nous est proposée. La contemplation de la vie de Jésus et de la croix nous donne les clés pour goûter à cette sobriété écologique. En confortant progressivement cette attention et cette ascèse, je sens bien que je grandis dans ma foi. C’est un combat spirituel, un vrai chemin de vie.


Quand j'entends des propos alarmistes sur l'avenir de la planète, je me dis que peu m'importe si notre société va s’effondrer ou pas. Si c'est la fin d'un monde, notre espérance nous pousse à croire que c'est le début d'un autre et l'opportunité pour nous de travailler à ce qu'il soit meilleur, avec l'espérance que donne le Christ. Pour moi, c’est une affaire non seulement d’urgence mais de cohérence. Il est peut-être trop tard mais cela ne nous prive pas d’entrer maintenant dans cette cohérence chrétienne, dans cette conversion écologique.


La première solution à apporter à la crise écologique, c’est l’entraide. Ce sont les liens que l'on tisse entre nous. Il ne s’agit pas d’abord de mettre en oeuvre un maximum d’activités, il s'agit plutôt de changer notre attitude intérieure. C’est comme dans la mission d'évangélisation des chrétiens : le but d’est pas de “faire de la mission” mais, plus fondamentalement, d’être missionnaire.


Le temps passant, j'ai découvert un mouvement écolo bien à gauche, “La bascule”. J'ai été très bien accueilli. C'est amusant, ils s’inspirent de tout : le yoga, l’animisme, etc. Pourquoi vont-ils chercher si loin ? Probablement parce que les chrétiens ne sont pas là. En matière d'écologie, l’Église pourrait être loin devant et éclairer le chemin à parcourir, avec une force de conversion forte compte tenu du nombre de croyants sur la planète. On a pris du retard.


J'ai invité les gars de "La Bascule" à venir chez moi, avec quelques amis d'Anuncio, d'autres de la “manif pour tous”. Cette rencontre a été extraordinaire. Ils ont débarqué à 18, nous avons eu des échanges passionnants, très sympas. Ils ont ouvert un nouveau chantier dans notre foi, une nouvelle brèche dans notre existence chrétienne.


Vraiment, les chrétiens sont attendus. Il existe bien quelques anti-cathos parmi les militants écolos mais c’est plutôt l’exception. La majeure partie est constituée de personnes qui vivent un vrai cheminement existentiel et spirituel, pour nous très enrichissant.


Peut-être avons-nous peur d'avancer en écologie jusqu'à en oublier le bon Dieu. Mais je vois de plus en plus de chrétiens qui portent résolument les deux : leur amour pour le Christ et leur désir de conversion écologique. Je crois que cela va bien ensemble.


Nous avons préféré le culte de la raison à celui de Dieu. Nous avons préféré le culte de l’individu plutôt que celui de la communauté. Ce sont les Lumières. Nous avons cherché notre épanouissement personnel en premier lieu. Je crois que la crise écologique est fondamentalement une crise de la vie spirituelle... “Vous serez comme des dieux”, c’est la promesse de Satan.


Heureusement, il y a énormément de personnes qui refusent la situation et qui changent maintenant de vie et comportement. Ces gens-là changent intérieurement aussi. L’annonce de l’évangile et la préoccupation écologique, pour moi c’est tout un.


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