C'est trois fois rien !

Homélie du dimanche 13 juin 2021 (Mc 4, 26-34)



Évangile de Jésus Christ selon saint Marc


En ce temps-là,

parlant à la foule, Jésus disait :

« Il en est du règne de Dieu

comme d’un homme qui jette en terre la semence :

nuit et jour,

qu’il dorme ou qu’il se lève,

la semence germe et grandit,

il ne sait comment.

D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe,

puis l’épi, enfin du blé plein l’épi.

Et dès que le blé est mûr,

il y met la faucille,

puisque le temps de la moisson est arrivé. »


Il disait encore :

« À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ?

Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ?

Il est comme une graine de moutarde :

quand on la sème en terre,

elle est la plus petite de toutes les semences.

Mais quand on l’a semée,

elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ;

et elle étend de longues branches,

si bien que les oiseaux du ciel

peuvent faire leur nid à son ombre. »


Par de nombreuses paraboles semblables,

Jésus leur annonçait la Parole,

dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre.

Il ne leur disait rien sans parabole,

mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.


– Acclamons la Parole de Dieu.



Homélie


Jésus parle beaucoup du “Royaume de Dieu”... Qu’est-ce que c’est que le royaume de Dieu ?


Le Royaume de Dieu c’est quand les choses vont bien, parce qu’elles se déroulent selon le plan de Dieu. Et plus les choses semblent aller mal autour de nous, plus nous nous disons que le Royaume de Dieu, c’est l’autre nom du paradis… C’est pour plus tard, quand nous serons avec Jésus, là-haut !


Jésus, lui, nous répète à l’envi que le Royaume de Dieu est parmi nous, au milieu de nous (Lc 17, 20-25). Jésus nous dit : “Regardez, les choses vont bien. Elles se déroulent selon le plan de Dieu. Le Règne de Dieu est arrivé”.


Mais Jésus se rend bien compte que cela n’a rien d’évident à nos yeux. Nous avons beau jouer d’optimisme, nous avons du mal à discerner le Royaume. Nos yeux sont comme empêchés de le reconnaître. Alors Jésus multiplie pour nous les comparaisons. Le Royaume de Dieu, c’est comme du levain dans la pâte (Mt 13, 33). Ou un trésor enfoui dans un champ (Mt 13, 44). Et puis, le Royaume, c’est aussi comme un marchand de perles qui vend tout ce qu’il possède pour acquérir un seul bijou (Mt 13, 45). Ou un propriétaire qui sort le matin pour embaucher des ouvriers pour sa vigne (Mt 20, 1)...


Nous sentons bien tous les efforts que Jésus déploie pour nous faire comprendre où se trouve le Royaume et comment le plan de Dieu se déroule sous nos yeux, pour notre plus grand bien. Mais ce n'est pas simple ; l’évangile de ce jour le dit bien : “Jésus leur parlait du Royaume dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre”. Peut-être manquons-nous d’acuité, de curiosité ou d’attention…


Ce matin, faisons ensemble l’effort de chercher avec Jésus le Royaume. Et regardons pour cela cet homme qui jette en terre une semence. Cela part d’un geste tout simple. Un geste de dépossession. Il s’est dépouillé d’un petit quelque chose. Et c’est tout. Le reste nous échappe. Ce que nous avons donné ne nous appartient plus. Nous retournons à notre vie quotidienne : nous dormons, nous nous levons, le temps passe… Et sans que nous en soyons conscients, la semence travaille d’elle-même. La semence se perd elle-même pour grandir. Elle perd sa propre origine pour devenir un épi. Et tout se termine par un acte étrange... Lorsque le temps de la moisson arrive, on y met la faucille, c'est-à-dire quelque chose qui stoppe la croissance. Et ce blé qui cesse subitement de croître va nourrir une foule immense. La moisson, c’est le moment où le blé ne vit plus pour lui-même mais pour tous, pour que tous vivent.


Dans nos vies quotidiennes, il en est ainsi. Nous sommes les auteurs de petits actes de générosité, banals, insignifiants. Nous nous dépossédons d’un peu de nous-mêmes. Nous offrons à l’autre un peu de notre temps ou de notre amitié. Et c’est tout. Le reste nous échappe. Ce que nous avons donné ne nous appartient plus. Mais le Royaume de Dieu est à l'œuvre. La dynamique est lancée. Notre petite offrande est comme un don de l’Esprit-Saint. Un Esprit qui purifie et transforme. Un Esprit qui se donne à son tour, à d’autres, selon un dynamisme interne et une logique de croissance exponentielle.


Cela, nous ne le voyons pas. Car celui qui moissonne n’est pas celui qui a semé, dit Jésus. Aussi, n’avons nous pas d’autre alternative que de croire ou non Jésus, quand il nous parle de la fécondité exceptionnelle de nos petits gestes et de nos petites offrandes.


Au fond, si nous peinons à voir le Royaume, c’est parce qu’il ne se voit pas, en tout cas pas avec nos yeux de chair. Parfois, il nous semble que telle ou telle de nos prières ou de nos actions a été féconde. Mais nous ne mesurons pas à quel point ce que nous avons semé a porté du fruit au centuple, dès ici-bas. Cela, c’est l'œuvre de Dieu. Elle est puissante mais elle est cachée.


Pour le moment, nous ne sommes pas dans la vision mais dans la foi. Quand nous serons au ciel, nous verrons les choses comme elles sont. Pour le moment, nous croyons qu’elles sont ainsi. Parce que nous nous reposons sur la parole de Jésus, quand il nous parle du Royaume.


Amen.


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