Aux racines du Carême

Homélie du mercredi 26 février 2020 (Cendres)



Le Carême est né au troisième siècle de notre ère. Ces quarante jours ne concernaient autrefois que deux populations : les catéchumènes et les apostats.


Les catéchumènes étaient ces hommes et ces femmes s’étant rapprochés de la communauté chrétienne afin de recevoir le baptême et devenir ainsi les disciples de Jésus. Au tout début de leur parcours, ils devaient rencontrer le “portier” de la communauté. Le portier était un homme dont le ministère consistait à s’assurer que celui qui frappait à la porte de l’Église ne venait pas pour dénoncer la communauté chrétienne à l’empereur romain mais pour se convertir au Christ. Si les intentions du catéchumène étaient reconnues louables par le portier, la communauté accueillait le candidat pour lui parler de Jésus et de son Évangile. Cela se faisait principalement pendant la liturgie de la Parole, à la messe dominicale. Après l’homélie, le candidat était renvoyé en attendant qu’il soit initié à l’Eucharistie par le baptême dans l’eau et l’Esprit Saint. Ce premier temps de catéchèse permettait au candidat de mieux connaître Jésus et ainsi de vérifier que son désir était bien de devenir son disciple et que sa démarche était libre. Le cas échéant, il devenait catéchumène au cours d’une célébration et la communauté le considérait chrétien à partir de ce jour. Sa préparation évangélique pouvait continuer paisiblement jusqu’au début du Carême, temps de préparation ultime à la réception des sacrements de l’initiation chrétienne, à Pâques.


Le Carême était pour eux le temps des “scrutins”. Les catéchumènes étaient invités à scruter leur coeur pour faire la distinction entre ce qui relève de la lumière et ce qui relève des ténèbres. Dans le même temps, c’est Dieu le Père qui scrute le coeur de ses catéchumènes. Par l’action de son Esprit, il les aide à discerner ce qui est bon et ce qui est mauvais, ce qui correspond à la volonté du Père et ce qui s’y oppose, ce qui doit être gardé et ce qui doit être abandonné.


Lorsque, dans un instant, les Cendres viendront marquer notre front, le prêtre dira l’une ou l’autre de ces deux paroles : “Convertissez-vous et croyez à l’Évangile” ou “Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière”. Le premier verset insiste sur le chemin de lumière que nous sommes appelés à suivre, le second sur la part de nous-mêmes que nous sommes invités à abandonner à la mort. En nous, il y a l’Évangile et la poussière. Ce qui n’est pas évangélique est poussiéreux et promis à la décomposition.


C’est donc un temps de discernement et de combat spirituel qui s’ouvre aujourd’hui pour nos sept catéchumènes. Un temps qui peut être éprouvant, raison pour laquelle les "scrutins" célébrés lors des troisième, quatrième et cinquième dimanche de Carême sont autant d’exorcismes, c’est à dire de prières visant à les conforter dans la foi et les garder de tout mal jusqu’à leur baptême.


Puisque Dieu nous fait cette année l’immense grâce d’accueillir de nouveaux chrétiens, je souhaite que nous retrouvions ensemble le sens premier du Carême qui est d’accompagner nos catéchumènes jusqu’au baptême par nos efforts de jeûne, de charité et de prière. Il aura fallu un siècle, du troisième au quatrième de notre ère, pour que le Carême des seuls catéchumènes devienne celui de toute la communauté. Mais notre désir de conversion au Christ et à l’Évangile trouve encore aujourd'hui sa motivation première dans l'amour de nos catéchumènes Juliette, Camille, Elisa, Clément, Elise, Préfina et Maxime.


Je vous disais qu’à ses débuts, le Carême était aussi le temps privilégié des apostats. Les apostats sont les chrétiens qui avaient cédé sous la menace de la torture et renié le Christ en temps de persécution. Ces chrétiens pouvaient retrouver leur pleine place dans la communauté en vivant quarante jours de pénitence avant Pâques, plus exactement avant le soir du jeudi saint où ils recevaient l’absolution de leur péché. Là encore, nous pouvons ce soir retourner aux racines du Carême et prier pour celles et ceux qui sont persécutés. On estime aujourd’hui que 260 millions de chrétiens le sont fortement, soit une proportion d’un sur huit.


Je crois qu’il est plus facile de se convertir quand on le fait pour d’autres que soi. Si nous entrons dans ces quarante jours de conversion, ce n’est pas pour briller en grandes figures de sainteté mais pour mieux servir et aimer le monde qui nous entoure.


Amen.


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